‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 129 sur 324 · Refort, op. cil., 4* partie, chap. v:ii, p · texte numérisé non relu

Refort, op. cil., 4* partie, chap. v:ii, p

2. T. X, p. 34. — Notons que Hugo aime un type d'alexandrin construit de cette façon.

heureusement les deux procédés, terminant par une vision grandiose une série de petits détails. Par exemple, Michelet décrit les villas italiennes (t. VIII, p. 207-208) :

Des terrasses aériennes, des jardins suspendus, les vues les plus variées. Tout près l'idylle du ménage des champs. Aux jaillissantes eaux des fontaines de marbre, le cerf, avec- la vache, venant le soir sans défiance, de grands troupeaux au loin en liberté, la fenaison ou les vendanges, une vie virgilienne de doux travaux. Tout cela encadré du sérieux lointain des Apennins de marbre ou des Alpes aux neiges éternelles.

Dans le récit, surtout quand il s'agit de faits tragiques, il emploie la forme « haletante» : (Des Chauffours) « est conduit, le 26 au matin, sur la sellette pour ouïr son arrêt. Étonnante précipitation, exécuté le soir ! >> (t. XV, p. 45).

Ailleurs le procédé est sensible : « Vieux tout à coup, il tousse ; il ressent l'âge qu'il avait oublié ; il entend même un peu le léger bruit qui se fait à la porte... peu de chose, la mort qui frappe à, petits coups » (L'Estoile ; t. XI, p. 58).

Trop de recherche est déplacé quand il s'agit de jugements littéraires : (Malherbe), « sobre et sage écrivain, où vous ne risquez pas de trouver une idée. Du rythme et rien dedans. C'est la Muse au pain sec» (t. XI, p. 56). La critique littéraire réclame « la nuance».

Il en est de même quand Michelet raconte les événements lointains, qui n'ont pour le lecteur moderne qu'un intérêt historique : « Les premiers assauts furent repoussés et le siège levé ; plus tard, nouvelle expédition, escalade, surprise ; inutile. Alors un grand effort, batteries formidables, brèche ouverte, assauts, et toujours impuissants» (t. VII,

Nous sentons une disproportion entre les faits et les moyens employés pour les présenter.

Conclusion. — Le professeur que ses étudiants appelaient Monsieur Symbole^ a été jugé de façon diverse par ses contemporains et par la postérité 2. Sainte-Beuve s'est montré extrêmement sévère. En 1862, il constate que la nouvelle manière de Michelet est « non seulement rapide, mais hachée, saccadée ; sa marche est haletante et comme fébrile»^. Il reproche à Michelet «d'écrire l'histoire avec des éclairs»

1. Henri Heine, Lulèce, 1843, cité dans Cassagne, L'Art pour VArt, p. 71.

2. Lui-même écrivait, en 18G9 [Préface, Œuvres, éd. Flammarion, in-8°, t. I, p. xi) : «Je restai à bonne distance des doctrinaires, majestueux, stériles, et du grand torrent romantique de " l'art pour l'art ". »

3. Nouveaux Lundis, t. II, p. 112. — Sainte-Beuve a consacré à Louis XIV et le Duc de Bourgogne, par M. Michelet, trois Lundis [Nouveaux Lundis, Paris, Lévy, 1879, in-12 : 10 mars 1862, p. 111-130 ; 17 mars, p. 131-150 ; mardi 18 mars [sic], p. 151-155).

(p. 112) ; il n'aime pas « courir sur ces notes aigiies et perçantes comme sur un champ de blé dont les épis seraient des javelots» (p. 147). Plus direct dans ses notes personnelles, il écrit : «Michelet a célébré Paul Huet mort, dans ce style ému et convulsif dont il a le secret, — et aussi le tic.^» Si Sainte-Beuve a été sévère jusqu'à l'injustice^, c'est que sa conception de l'histoire est radicalement opposée à celle de Michelet : « l'historien », pour Sainte-Beuve, « n'est pas un dieu ni un thaumaturge poiir ressusciter par sa vertu les morts. On n'arrive d'ordinaire à produire ce sentiment de la réalité dans l'esprit des lecteurs qu'avec un art infini et des lenteurs, des préparations extrêmes, par des analyses rapprochées, des témoignages rapportés, des narrations sincères, lucides, fidèles»^. Les historiens d'aujourd'hui constatent, non sans admiration, que Michelet, souvent, a vu ou entrevu la vérité ; mais son Histoire de France n'a plus aucune valeur scientifique.

Pour la langue, Sainte-Beuve n'était ni moins décisif, ni moins sévère, quand il appelait Michelet « un des écrivains les plus insalubres, les plus funestes à la santé de l'esprit public»^. C'est là aussi une exagération. "SI. Patin, dont le «classicisme» ne peut être mis en doute, rendant compte, dans le Journal des Savants (février 1840), du tome III de V Histoire de France^ y regrette « un souci trop sensible de l'effet littéraire, par une prose poétique, qui ne messiérait point à l'ode, et qui ne convient pas autant à l'histoire, ornée surtout de sa simplicité, de son austérité, dont autrement on est porté à se défier» (p. 67). En mars 1840, le tome IV de V Histoire de France était apprécié plus favorablement encore : « les qualités éminentes du talent de M. Michelet, en parfaite harmonie cette fois avec la couleur dramatique des événements qu'il raconte, brillent d'un éclat nouveau^ » (/f/., p. 183). Le juge anonyme ajoute toutefois que « la forme presque constamment épique du récit » pourra être critiquée par des esprits sévères®.

La même admiration et les mêmes réserves se retrouvent dans une

1. Mes Poisons, éd. Giraud, p. 112 (Tarticle de Sainte-Beuve a paru le 12 janvier 1869, dans le journal Le Temps).

2. « Michelet un cuistre sans ^oût et sans génie naturel qui, à force de veilles et d'efforts, s'est guindé jusqu'au sémillant, jusqu'au flamboyant» (Mes Poisons, éd. Giraud, p. 112).

3. Noui>eaux Lundis, t. II, p. 152. — Et Sainte-Beuve établit une hiérarchie de « ressusciteurs » : le Christ — Simon le Magicien ou Apollonios de Tyane — Cagliostro.

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