P. 8 ; Le Poème de la Femme, sir
d'hiver'^. Il s'agit là d'une aimable fantaisie, plus précise quand Gautier nous montre le merle
En bottes jaunes, en frac noir^.
Mais voici des personnifications proprement dites :
Et la solitude en chemise Trace au doigt le mot :« Abandon»
Dans la poudre qu'elle tamise Sur le marbre du guéridon^.
C'est décembre qui tourne son sablier ; c'est mars qui repasse les collerettes des petites pâquerettes, qui cisèle des boutons d'or :
Dans le verger et dans la vigne, Il s'en va, furtif perruquier, Avec une houppe de cygne, Poudrer à frimas l'amandier.
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert*.
Ne nous y trompons pas : décembre et mars, familiers et quelque peu facétieux, ce sont les avatars du vénérable vieillard armé d'une faux que nous avons vu si souvent et qu'adjurait Lamartine :
O Temps, suspends ton vol.
Gautier a renouvelé les personnifications traditionnelles^ en se créant une image appropriée à son tempérament particulier.
Coî^CLUsiON. — Éclipsé par Hugo, Gautier mérite d'être classé parmi nos grands « Imaginatifs ». Jugeant Vigny, dans un de ces articles de journal^ qu'il improvisait, — souvent sans joie, — il nous dit :
Quand on pense à Vigny, on se le représente involontairement comme un cygne nageant le col un peu replié en arrière, les ailes à demi-gonflées par la brise, sur une de ces eaux transparentes et diamantées des parcs anglais... C'est un sillage d'argent sur un miroir limpide.
1. P. 117 ; Ce que disent les Hirondelles. — Notons que la dernière, comme la première, emploie le terme propre : « j'ai mon nid ».