Id., p
l'égard des grands romantiques dans ces vers de Coppée :
Ils ont dit : Ces vers sont trop purs. Le mètre, La rime et le style y sont sans défauts. C'en est fait de l'art qui consiste à mettre Une émotion sincère en vers faux^.
Mais il n'en est pas moins vrai que les Parnassiens ont pensé comme Coppée : l'École de Leconte de Lisle a choisi Gautier pour son maître.
Les symbolistes aussi peuvent se réclamer de lui. Non seulement leur précurseur, Baudelaire, est un admirateur convaincu de sa poésie, mais un des personnages féminins de Gautier, Spirite, « avec une intuition merveilleuse, rendait l'au-delà des mots, le non-sorti du verbe humain, ce qui reste d'inédit dans la phrase la mieux faite, le mystérieux, l'intime et le profond des choses^». N'est-ce pas le programme même de l'École symboliste?
Pour l'historien de la langue, Gautier est donc le plus artiste et le plus pur des écrivains romantiques. Il est malaisé, alors que nous vivons en pleine époque romantique, et même ultra-romantique, de prophétiser la place qu'occuperont Vigny, Lamartine et Hugo dans un lointain avenir. Mais il semble bien qu'aussi longtemps qu'on enseignera dans les classes le respect et l'admiration des Boileau et des Racine, le bon ouvrier des Émaux et Camées conservera sa place parmi ces parfaits écrivains. Il a contemplé la nature, aspiré à l'idéal, il en a sculpté la beauté, selon ses propres expressions, « dans cette forme dure et difficile à travailler du vers, qui est comme le marbre de la pensée^».