‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 19 sur 324 · Hugo, Cont., III, 20, Insomnie · texte numérisé non relu

Hugo, Cont., III, 20, Insomnie

Il est aussi une poésie vengeresse, qui fait justice des méchants. La Poésie bienfaisante mènera le Peuple à la sagesse et au bonheur^. Telle est la philosophie de Hugo. Elle ne manque pas de grandeur.

Théories visionnaires^. — Foin des traditions universitaires!

La Satire

N'est plus ce qu'elle était jadis dans notre enfance,

Quand on nous conduisait, écoliers sans défense,

A la Sorbonne, endroit revêche et mauvais lieu,

Et que, devant nous tous qui l'écoutions fort peu.

Dévidant sa leçon et filant sa quenouille,

Le petit Andrieux, à face de grenouille,

Mordait Shakespeare, Hamlet, Macbeth, Lear, Othello,

Avec ses fausses dents prises au vieux Boileau^.

Nous abandonnerions facilement Andrieux aux sarcasmes de Hugo ; nous défendrons Racine.

Hugo n'aimait pas Racine : « H l'attaquait principalement comme écrivain, avec les armes de la grammaire», nous dit Stapfer. D'après Hugo, Racine « fourmille de fautes de français et d'images fausses»*. Chose plus grave, Hugo, par haine de Racine, en vient à admirer Pradon !

Hippolyte dit à Aricie :

Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune ; Je ne me souviens plus des leçons de Neptune ; Mes seuls gémissements font retentir les bois, Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix.

Et Pradon :

Depuis que je vous vois, je n'aime plus la chasse, Et, si j'y vais, ce n'est que pour penser à vous.

1. «Coopérer à la civilisation» n'entraîne pas «déperdition de beauté pour la poésie et de dignité pour le poète » {William Shakespeare, 2« partie, liv. VI, chap. v, 1864).

2. Deux excellents articles de Jean-Bertrand Barrère, Promenade dans un album de voifage de Victor Hugo (1865), Revue d'Histoire de la Philosophie et d'Histoire Générale de la Cii'ilisation, janvier-mars 1946, p. 1-48, et juillet-septembre 1946, p. 244-284, permettent de se rendre compte de ce qu'était le premier jet de Victor Hugo et do la façon dont s'organisaient ses strophes et ses poèmes.

3. Quatre Vents de l'Esprit, Paris, Hetzel, 1881, p. 27. — Hugo est plus précis en prose.

« Les rhétoriques, officielles et officieuses , prennent de fortes précautions contre les génies.

Ils sont peu universitaires ; qui plus est, ils manquent de platitude » [William Shakespeare, 2* partie, liv. III, ch. v). Dans le livre II, consacré aux génies (f^ partie, ch. v), Hugo proclame que le génie ne doit se soucier aucunement de « l'ex-bon-goût ». Ce que « l'ancienne critique » appelle « obscurité, subtilité et ténèbres », appelez-le « profondeur » ; ce qu'elle appelle « exagération », appelez-le a imagination » ; ce qu'elle appelle « monstruosité », appelez-le « grandeur ». Seul le génie a le pouvoir de se critiquer lui-mèmo.

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