Id., 1872-1878, Le Zénith, p
de la périphrase ; Delille eût été fier d'éviter avec une pareille élégance le mot de baromètre :
Ils montent, épiant Véchelle où se mesure L'audace du voyage au déclin du mercure ^.
Mais pourquoi, dans le même poème, décorer successivement le lest du nom de cendre, puis de poudre ? Pourquoi, alors que Maxime du Camp intitulait un poème La Locomotive, éviter le terme banal de chemin de fer ?
Cependant glissaient les campagnes Sous les foujîueux rouleaux de fer -.
Les sujets scientifiques sont donc dangereux. « L'art et la science ont bien de la peine à vivre ensemble», disait Ménard {Lettres d'un mort, p. 115). Mais le vocabulaire scientifique offre au poète de précieuses ressources : quantité de mots expressifs et sonores sont dignes d'entrer dans des vers. Évidemment Sully-Prudhomme emploie le mot éther avec un sens très différent du sens que lui donnent les physiciens, et ceux-ci ne doivent pas être peu étonnés de voir ce terme familier pour eux qualifié par les adjectifs frais et rose ; mais les vers sont fort jolis, et le mot d'éther, de sonorité claire et gaie, les relève par sa
rareté :
Pendant avril et mai, qui sont les plus doux mois.
Les couples, enchantés par V éther frais et rose,
Ont ressenti l'amour comme une apothéose ;
Ils cherche4it maintenant l'ombre et la paix des bois^.
Igné, helminthe ont chacun leur couleur particulière :
Donc j'ai franchi les seuils clos de portes ignées Et j'ai pu vivre avec les Anges, trente années *.
Plus bas, une rondeur se gonfle et se resserre : Helminthes fourmillants d'un immonde viscère. Là pullulent, heureux, les Amants de la Chair".
Heredia s'est amusé à accumuler dans un quatrain quantité de termes de chimie et d'histoire naturelle :
Et tout ce que le sel ou l'iode colore. Mousse, algue chevelue, anémones, oursins. Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins. Le fond vermiculé du pâle madrépore^.