‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 221 sur 324 · Id., Poèmes antiques, p · texte numérisé non relu

Id., Poèmes antiques, p

J'ai vécu, l'œil fixé sur la source de l'Etre,

Et j'ai laissé mourir mon cœur pour mieux connaître^.

L'emploi sans complément permet de laisser au verbe transitif toute la généralité dont sa signification est capable.

L'adjonction d'un complément à un verbe intransitif peut produire des effets plus variés. Quand la Voix dit à Brahma :

Si je gonfle les mers, Si j'agite les cœurs et les intelligences. J'ai mis mon Energie au sein des Apparences, Et durant mon repos j'ai songé l'Univers^,

songer a-t-il son sens ordinaire ( « songer une comédie ») ? Ne signifiet-il pas : « j'ai créé par la puissance de ma réflexion»?

Les vers plaisants de la Conjuration d'Amboise posent un problème tout différent. Le poète nous montre

De grands tonneaux sans vin, gais comme des cercueils.

Une procession de barriques funèbres.

Qui sonnent le néant au milieu des ténèbres-* !

Faut-il partir de sonner la charge, la victoire, la messe ? Evidemment non ; Bouilhet a réussi à traduire de façon pittoresque l'expression habituelle : « sonner creux ».

La construction d'un verbe intransitif avec un complément offre donc à l'écrivain des ressources variées.

11 faut considérer à part le type traditionnel « vivre sa vie». Abondamment exploité par les romantiques, le procédé continue à se développer ; un homme i^it ses derniers instants ; une fleur, ses derniers

parfums.

Sur ma poitrine.

Souvenir des amours défunts.

Une fleur jadis purpurine A vécu ses derniers parfums*.

LE PASSIF PRONOMINAL. — L'emploi du passif pronominal, généralement sans valeur, se prête parfois à exprimer des nuances intéressantes :

C'est une vieille fille en cheveux blancs ; elle est Pâle et maigre ; un antique et grossier chapelet S'égrène, machinal, sous ses doigts à mitaines ^.

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