Coppée, Poésies, 1864-1869, p
Histoire de la langue française. XIII. 21
Les jeux de mots proprement dits ne peuvent guère avoir, chez les poètes du Parnasse, qu'une valeur de coloration historique. Celui de Don Diègue peint le mélange de sauvagerie et de mauvais goût qui caractérise, par rapport au xvii^ siècle français, le moyen âge espagnol :
Ruy, sieds-toi sur mon siège, au haut bout de la table. Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison,
dit le vieillard à son fils, qui lui apporte la tète de Gormas^,
comparaison; absurde. — C'est aussi un procédé ancien que celui qui consiste à prendre un point de comparaison absurde :
Avant qu'un tel dessein m'entre dans la pensée, On pourra voir la Seine à la Saint-Jean glacée'-.
Avant que votre foi dans mon cœur soit troublée,
Dieu bon et triomphant, Les Alpes crouleront sur leur base ébranlée
Par le doigt d'un enfant^.
L'École parnassienne, soucieuse de la précision et de l'éclat du détail, a usé de la plupart des procédés traditionnels : elle a fait, comme on disait au début du xix^ siècle, de la poésie de mots.
Il faut reconnaître qu'elle l'a fait avec discrétion et avec goût. Les Parnassiens ont évité les lourdes figures des premiers romantiques. Ils ont surtout évité le défaut, commun à Musset et à Hugo, qui consiste à reprendre indéfiniment les mêmes figures, accumulant antithèse sur antithèse, entassant nom composé sur nom composé, ou reproduisant inlassablement un petit nombre de types de vers*.
Renouant, par delà la révolution romantique, avec les grands écrivains du xvii^ siècle, ils leur ont repris, avec habileté et tact, ce qu'on pouvait encore leur emprunter.
Travaillant en particulier le style de chaque poème, ils ont trouvé, dans l'étude des procédés des langues étrangères, l'occasion de renouveler leur propre manière. Quand nous lisons de suite plusieurs poèmes de Leconte de Lisle, nous avons l'impression qu'il a su chaque fois se créer la langue et le style qui convenaient le mieux à, son sujet : ce n'est pas là un mince éloge.