COMPARAISONS ET MÉTAPHORES
La comparaison, la métaphore, auxquelles je joins la personnification (et r « humanisation»), méritent, par leur importance, un chapitre à part.
Il est établi qu'entre la comparaison et la métaphore il existe, au point de vue logique, une différence de nature^. Au point de vue stylistique, les théoriciens de jadis, et les écrivains eux-mêmes, considèrent généralement ces deux procédés comme voisins ; nous étudierons successivement leur présentation ; mais, pour simplifier, nous les grouperons sous le nom collectif d'image quand il s'agit d'apprécier leur valeur.
Des historiens de la littérature peuvent distinguer les images inspirijes par le sens de la vue, de l'ouïe, etc. ; des psychologues peuvent rechercher celles qui proviennent du monde de la nature, du monde de riiomme, etc. Le rôle du grammairien est plus modeste : il étudie le mode de présentation de l'image. — Au point de vue du style, il existe des images neuves, à, grand effet ; des images à demi usées, qui conservent une certaine valeur (il en est de caractéristiques, qui évoquent pour le lecteur l'antiquité biblique, l'antiquité grecque, etc.) ; d'autres qui sont en quelque sorte neutres et qui constituent de simples ornements de style. Les images usées ne sont plus senties comme telles ni par l'écrivain ni par le public ^ ; elles doivent être négligées dans l'étude du style. — Il est nécessaire, à l'occasion, d'apprécier l'exactitude de l'image : une image fausse ne peut satisfaire un lecteur cultivé.
1. Konrad (Hedwig), Étude sur la métaphore, Paris, Lavergne, 1939, in-8°, 177 p. — Thèse de Paris.
2. Aborder (une jeune fille ; un sujet) n'éveille plus aujourd'hui l'idée originelle du bateau qui se range le long du bord.
Présentation de l'image. — la comparaison est introduite PAR DEUX i OUTILS*. — La rhétorique classique recommandait, sous le nom de «comparaison épique», un type de comparaison étendue. Musset en offre de nombreux exemples : celui du Pélican est l'un des plus connus. Les poètes parnassiens ont renouvelé ce procédé artificiel. Leconte de Lisle en offre un exemple, mais en prose. Étudiant Victor Hugo, il compare sa poésie, dans une magnifique phrase de vingt-cinq lignes, aux pluies de la zone torride^.
Il existe un type plus modeste de comparaison dont les deux éléments sont introduits par deux adverbes :
Comme on dit l'eau croupie [quatre vers]
Ainsi l'humanité [cinq vers] 2.
Cette forme, chère aux écrivains latins, nous paraît aujourd'hui « lourde» ; elle a été abandonnée par la prose littéraire vers le milieu du xvii^ siècle.
Sully-Prudhomme et Coppée offrent toutefois des exemples d'un type analogue, où chaque membre de la comparaison est introduit par tel :
Telle, sur une mer houleuse, la frégate
Emporte vers le Nord les marins soucieux,
Telle mon âme nage, abîmée en tes yeux,
Parmi leur azur pâle aux tristesses d'agate^.
Le procédé est à noter : la prose française moderne tend à resserrer autant que possible l'expression de l'image et s'efforce de la présenter directement pour lui faire produire tout son effet.
LA COMPARAISON EST INTRODUITE PAR UN « OUTIL ^. — L'outil de
comparaison banal est comme. Comme peut annoncer une proposition normale, une proposition abrégée, un élément de proposition :
Mais comme on voit la nuit sous le flot noir qui passe Glisser les pâles feux des étoiles de mer, Tous nos rêves ailés, dans le lugubre espace Disparaissent, à l'heure où l'Espérance est lasse*.
Hache de l'assassin, assaille l'homme ! abats Sa tête sur ses pieds, son bras après son bras, Comme fait la cognée au sapin qu'elle émonde^.