‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 255 sur 324 · Id., p. 190-191 (Khirôn · texte numérisé non relu

Id., p. 190-191 (Khirôn

subterfuge pour prévenir le lecteur. Bourget nous présente une petite couleuvre bleue qui siffle tout bas :

O poète, encore une lieue, Marche vite et ne tremble pas.

Qui est cette couleuvre? Il a fallu que Bourget précisât :

La petite couleuvre bleue

Du désir me sifflait tout bas ^.

L'artifice employé est-il préférable à l'outil de comparaison? Cela dépend des cas.

Au xvii^ siècle, il existait un certain nombre de métaphores traditionnelles ; de plus, un certain nombre de noms, de verbes et d'adjectifs étaient seuls susceptibles de prendre des sens métaphoriques : le lecteur se trouvait donc prévenu. Au xix^ siècle, il se trouve placé brutalement devant un mot inattendu ; il reçoit un choc et, par un effort de réflexion, il « réalise» la métaphore. Sous un même nom, nous avons donc affaire à deux procédés spécifiquement différents.

LA MÉTAPHORE EST DANS UN NOM. — Souvent la métaphore a une valeur pittoresque, et reproduit la vision particulière du poète :

Mille femmes au front d'ambre ^.

Le mot ^L'hermine évoque aussi une couleur, et un animal :

cette enfant avait la timidité sainte

Des longs cils d'or voilant les chastes regards bleus, Et des gestes d'hermine effrayés et frileux^.

La goutte de diamant est un point de lumière :

Cette splendeur rayonne et fait pâlir des bagues Éparses, où l'onyx a mis ses reflets vagues Et le froid diamant sa claire goutte d'eau*.

Bonnet et nuages évoquent pour un convalescent des formes, l'une très précise, l'autre à contours flous :

Les nuages, avec lesquels nous voyageons, Lui parlent d'horizon, d'air pur, de libres courses Dans les grands bois charmés du murmure des sources, De la ferme, avec son bonnet de chaumes blonds, Croulante sous l'assaut fantasque des houblons^.

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