Id., p. 303 (Le Rishi
3. Par exemple : Positivisme [Œuvres, p. 91). — Sully-Prudhomme a intitulé un de ses poèmes Évolution [Œuvres, 1872-1878, p. 78).
4. C'est « la vision » qui est le sujet de la phrase. — Mendès, Hespérus, p. 20. — Cf. aussi liabitacle, au sens d'habitation [Id., p. 9).
5. Id., p. 21. — Notez aussi les expressions l'ouïe intérieure, le mental (p. 20). — Les termes scientifiques ne sont pas rares non plus dans Hespérus : igné (p. 31), helminthe (p. 43).
que le vocabulaire abstrait de la philosophie. Des mots tels que lunaire^ ^ pénombre^, scalpel, et même statistique^, vaporiser^, empruntés à des ordres d'idées très divers, trouvent naturellement place dans des vers quand le sujet s'y prête. Je regrette toutefois, dans les Idylles héroïques de Laprade, un mélange assez choquant de termes modernes et d'élégances surannées^. Heredia savait qu'il existe des roches stratifiées et des plantes volubiles^, mais il se gardait d'employer ces mots en ses vers (malgré la jolie sonorité du second).
NÉOLOGISMES. — Victor Hugo avait condamné formellement le néologisme, « misérable ressource pour l'impuissance», et il était resté fidèle à cette théorie de sa jeunesse ; Leconte de Lisle l'approuve dans la Préface des Poèmes antiques. Toutefois, dans la pratique, l'école parnassienne est plus libérale : sans créer systématiquement de mots nouveaux, comme les néo-romantiques, beaucoup de Parnassiens ne reculent pas devant un mot ignoré des dictionnaires, pourvu qu'il soit bien constitué, intelligible et sonore'.
L'historien de la langue qui étudie les néologismes du Parnasse se trouve devant un problème qui, dans l'état actuel de la lexicologie française, reste insoluble. Le Dictionnaire de 1878 est un des plus
1. De lunaires clartés blêmissent le ravin (A. France, Poésies, p. 20).
Blême à peine, vers l'ouest, s'ébauche une pénombre.
Sépulcre de brouillard où gît le soleil mort
(Mendès, Soleil de Minuit, p. 7).
L'avenir ! il n'osait y croire, étant de ceux
Qu'on peut le lendemain envoyer à la guerre
Chair à canon, chair à scalpel, matière infâme Et que la statistique appelle seule une âme
(Coppée, Poésies, 1864-1869, p. 179).
Tout se fait suave et se vaporise.
Et tout s'abandonne aux vagues langueurs
(Dierx, Œuvres, t. II, p. 55 ; Lune nouvelle).
Sur les âpres sentiers du coteau basaltique. J'entends crier le char de la Gérés antique
(De Laprade, Idylles héroïques, p. 232).
6. Lettre à Leconte de Lisle, d'Étretat, 18 sept. 1876, dans Ibrovac, op. cit., p. 567.
7. La théorie de Sully-Prudhomme (inspirée par Gaston Paris ?) est la suivante :
Les notations de la pensée se font de moins en moins concrètes ; elles tendent à devenir algébriques, c'est-à-dire symboliques par excellence. Remarquons toutefois que le long usage opère sur les mots, au double point de vue oral et grapliique, une transformation singulière : l'habitude de l'oreille et de l'œil arrive à leur prêter une physionomie vivante, si étroitement liée à la chose signifiée qu'elle semble en participer et qu'on finit par ne plus pouvoir séparer l'une de l'autre. Le signe verbal alors parait être devenu, de conventionnel, naturel. Ce phénomène expUque pourquoi les néologismes sont si odieux dans le vivant langage de la poésie {Œuvres, Lemerre, in-8°. Prose, p. 48).
Cette intéressante théorie est-elle celle du Parnasse ? Il semble plus probable qu'elle représente l'opinion personnelle de Sully-Prudhomme.
Histoire de la langue française. XIII. 23
médiocres de la série des dictionnaires académiques : il se contente généralement de recopier les mots, les définitions et les exemples du Dictionnaire de 1835. Le Dictionnaire général (H. D. T.) est excellent, mais il se présente surtout comme un recueil des mots de la langue du xvii^ et du xviii^ siècles, et il néglige les termes littéraires nés au cours du xix^ siècle ; c'est ainsi qn' attirance^ a été laissé de côté par Hatzfeld, quoique Littré, dans ses Additions, en ait relevé deux exemples : Gautier, Capitaine Fracasse, XVII ; Baudelaire, Spleen et Idéal, LVII. De plus, par prudence, H. D. T. qualifie indifféremment de Néologisme des mots attestés seulement au xix^ siècle, quelle qu'en soit la date. Notre seule ressource est donc Littré^, dont les derniers dépouillements, forcément incomplets, datent de 1878.
Il peut arriver que, sur la foi des dictionnaires, nous considérions comme néologismes des mots qu'une mode passagère avait rendus pour un temps familiers à tous les écrivains et même aux journalistes. Soit par exemple le mot renâclement, qui, dans le Qaïn de Leconte de Lisle {Poèmes barbares, p. 3), est appliqué à l'onagre. Il manque à tous les dictionnaires {Ac. 1835, Ac. 1878; Littré, Littré SuppL, Littré Add. ; Bescherelle ; Lachâtre ; Larousse XIX^ s., H. D. T.) ; Ac. 1835, Ac. 1878, Littré et H. D. T. affirment que renâcler, au propre et au figuré, ne se dit que des personnes. Mais Eugène Sue l'a employé, au sens de «souffler», en parlant d'un cheval. Lachâtre a noté cet exemple, que lui a emprunté Larousse {Grand dict. univ. du XI X^ siècle, t. XIII, 1875). L'Acad. 1935 constate enfin que renâcler se dit des animaux. — Je n'oserais affirmer que Leconte de Lisle a créé renâclement, cri ou soufflement de l'onagre. Ce pouvait être un terme de manège.
J'ajouterai que parmi ces «néologismes» il se trouve un certain nombre d'archaïsmes. Nous savons aujourd'hui qu' emperler'^, énamouré^, épouvatitement^, sont anciens dans notre langue. Ces mots ont-ils été repris par quelque érudit ou quelque curieux? C'est possible. Ils ont pu aussi être refaits sur perle, amour, épouvanter. Dans tous les cas, le lecteur qui lisait dans Sainte-Beuve ou dans Gautier ces vocables inaccoutumés pouvait-il savoir s'il avait affaire à un mot du xiii^.