‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 285 sur 324 · Mendès, Contes épiques, p · texte numérisé non relu

Mendès, Contes épiques, p

«Le beau mot ». — Ici le linguiste pénètre dans un domaine étranger où l'intuition remplace la science. Quand Heredia demandait à son ami Bonnaffé «un joli terme», qu'entendait-il par là?

Il est des verbes abstraits qui n'ont d'autre valeur que celle d'un signe : être^ avoir ; d'autres restent concrets et expressifs : zigzaguer, caramboler. Le poète peut avoir l'illusion que les mots « sonores» peignent l'objet au lieu de le désigner seulement. Il ne s'agit pas à proprement parler d'onomatopées, mais d'une sorte de convenance subtile entre le signifié et le signifiant.

Nous pouvons considérer que les rares néologismes acceptés par Leconte de Lisle, emperler'^, poiirprer^, immesuré^, appartiennent à cette catégorie. Leconte de Lisle montre aussi une prédilection certaine pour quelques familles : opale, opalin ; fluer, fluide.

la lune, inclinant son urne à l'horizon,

Epanchait ses lueurs d'opale au noir gazon*.

Des profondeurs où luit sur le sable vermeil h'opaline clarté d'un magique soleil.

Montez* !

Nymphes !

Vierges aux corps subtils fliiant sous les roseaux,

Vous qu'éveille le chant auroral des oiseaux

Salut ! Je vous salue, ô Visions divines® !

Salut, Vierge aux beaux yeux, aux boucles d'or fluide, Plus fraîche que l'Aurore ''.

A fluer, fluide, on peut joindre effluve :

Les astres clairs, épars au fond des nuits pensives, Attirés par Yeffluve embaumé de tes yeux. S'enlacent déroulant leur cours harmonieux^.

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