Id., p. 164-165, p
CONCLUSION
L'étude du vocabulaire des Parnassiens permet d'apprécier la qualité de leur langue : ils se montrent dans le choix et dans l'emploi des mots des lexicologues avertis et des artistes soucieux de perfection. Leur prose montre aussi avec quel soin et avec quelle précision ils choisissent leurs mots. C'est ainsi que Leconte de Lisle met une nuance entre le disciple et V admirateur, et précise encore cette nuance en ajoutant à « admirateurs» l'épithète « persuadés» : « La nature de ce rare talent le circonscrit dans une sphère chastement lumineuse et hantée par une élite spirituelle très restreinte, non de disciples, mais d'' admirateurs persuadés.^»
Il emprunte à la langue commune le mot cordial, à une langue spéciale le mot hiératique, et il sait leur donner un sens nouveau et heureux : « l'émotion intellectuelle l'emportait [chez Victor Hugo] sur l'impression cordiale^. — [Au moment de la Renaissance] le sentiment de la dignité humaine, véritable base de la morale antique, entre en lutte contre le principe hiératique et féodal»^.
En vers, Heredia se corrige sans cesse : un temple n'est pas renversé, il n'est pas abattu, il est ruiné, en ruine ; l'Océan ne jette pas l'acre bave des flots, il la crache ; la flamme ne roule pas du cratère, elle en jaillit*.
Mais surtout, en artistes délicats, ils ont le souci du mot heureux, du mot rare, du mot joyau. Ne sont-ils pas ici tombés parfois dans l'erreur que signale Schérer?
Le beau mot, le mot heureux, le mot trouvé, risque de se faire trop de place. Au lieu de tenir simplement son rôle, de servir la pensée, il tend à vivre pour son compte, à se montrer. On dirait l'une des armes orientales, où les ciselures de la lame et l'éclat des pierreries qui ornent le fourreau font un peu oublier le vieil usage du glaive^.
Sur ce point, Heredia serait le grand coupable — et peut-être le seul coupable.