‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 301 sur 324 · Bourget, Poésies, 1872-1876, p · texte numérisé non relu

Bourget, Poésies, 1872-1876, p

Il venait de très loin, ce souffle ! J'en frémis.

Il semblait expirer en moi. Je l'ai transmis ;

Où donc ? Vers qui ? — Mon cœur bat avec violence.

Je n'entends que mes pas. — Quel désert! quel silence!

Ce souffle était si faible ! et si doux ! — La forêt

Ne l'a point arrêté pourtant. Il se mourait.

C'est en moi qu'il est mort. Vivait-il ? — Des lumières

S'allument. — Durs travaux des champs ! Pauvres chaumières^.

Ce survivant, ce souffle, c'est un jeune amour enfoui. Léon Dierx a écrit soixante-deux vers haletants avant de nous le révéler : c'est beaucoup. La conception parnassienne de la phrase, encore vivante aujourd'hui en français littéraire, devait aboutir à de pareils excès.

Conclusion. — J'ai étudié le rythme de la phrase parnassienne. Mais cette phrase se coule, si je puis dire, dans un moule : celui du vers ou de la strophe, dont le dessin est imposé au poète par la tradition. L'alexandrin des Parnassiens, qui est celui de Hugo, est caractérisé par l'importance de la rime, qui, comme un coup de gong, marque chaque douzième syllabe : à l'intérieur de ces douze syllabes, les accents et les césures sont distribués avec une réelle variété qu'augmentent encore de nombreux enjambements et rejets. Le rythme exigé par le sens et la syntaxe se superpose donc à un rythme préétabli, qui vient en renforcer les effets. Nous n'avons pas à l'étudier en détail ; il est toutefois indispensable d'en souligner l'importance : pour le poète, l'unité rythmique essentielle n'est pas la phrase, mais le vers, le groupe de vers ou la strophe. Je réunis des exemples très divers : l'intention du poète est assez claire pour qu'il ne soit pas nécessaire de l'expliquer.

Parfois, /un éléphant songeur, /roi des forêts,/ Passait et se perdait dans les sentiers secrets,/ Vaste contemporain des races terminées^.

Je songe aux cris profonds que pousse vers le ciel L'Océan monstrueux qu'ensorcelle la lune^.

Vois la mer et l'Eubée

Et là-bas, /à travers la lumineuse gaze,/

Le Parnasse oîi/, le soir, /las d'un vol immortel,/

Se pose, /et d'où s'envole, /à l'aurore, /Pégase* !

Avec les silences et les coupes, l'élément essentiel du rythme est le nombre des syllabes et le nombre des accents de chaque élément de la phrase.

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