Mendès, Contes épiques, p
La phrase a parenthèse. — Faut-il joindre à ces phrases les phrases à parenthèse, où une idée étrangère, isolée par un artifice de ponctuation, vient s'insérer dans le développement logique de la phrase?
Heredia avait écrit :
Oh ! qui dira jamais, conque fine et nacrée, Dans combien d'océans, pendant combien d'hivers, Tu supportas, au choc enflammé des éclairs. L'assaut tumultueux de la haute marée ^ ?
Il a préféré :
Par quels froids Océans, depuis combien d'hivers, — Qui le saura jamais. Conque frêle et nacrée ! — - La houle, les courants et les^raz de marée T'ont-ils roulée au creux de leurs abîmes verts- ?
Rythme haché. — Un même rythme peut s'étendre à tout un paragraphe, et, selon la conception parnassienne, au poème entier. D'une façon générale, les Parnassiens ont usé de la phrase brève. Heredia avait écrit, en 1888 :
Tout se transforme ou meurt. Le marbre même s'use
Il a préféré :
Le temps passe. Tout meurt. Le marbre même s'use.
(Trophées, p. 133 ; Médaille antique.)
Rares sont les « abus». Je n'en donnerai que deux exemples :
En décembre. A Paris. • — Verte et froide, la Seine Sous les ponts lentement roule son eau malsaine^.
Le Survivant
Je sors des bois. Je rentre en ma vie. O prisons
De nos songes ! Combats ou pleurs que nous taisons !
Le jour tombe. Le bleu du ciel pâlit. C'est l'heure
Tranquille. — Un souffle ; un seul. — Souffle étrange ! — il m'effleure
Et s'éteint. — Je soupire et pense à lui. C'était
Un toucher ! — - Le soleil s'engouffre. Tout se tait.
L'ombre augmente. La route est longue ; la nuit proche.
Elle arrive. Elle monte en nous, comme un reproche.