II. — V HARMONIE
Les Parnassiens semblent avoir attaché à l'harmonie^ de la phrase moins d'importance qu'au rythme*. Toutefois le sujet peut imposer aux vers une certaine « musique» expressive.
Hénokhia, la ville où s'engouffraient les Forts, princes des anciens jours, apparaît au Voyant :
Thogorma dans ses yeux vit monter des murailles De fer, d'où s'enroulaient des spirales de tours Et de palais cerclés d'airain sur des blocs lourds^.
A côté de cette grandeur sinistre, voici l'éclat du luxe, bijoux et tissus :
Sur les degrés de nacre où la perle étincelle
La pourpre en plis soyeux se déploie et ruisselle®.
Dans ces exemples, Leconte de Lisle a su créer une convenance harmonique ; elle consiste à éviter certains sons indésirables, et à rechercher certaines sonorités expressives''. Positive ou négative, cette
1. II en est de même pour les mouvements, dont l'importance est grande, mais dont l'étude est facile.
2. Leconte de Lisle, Poèmes barbares, p. 3 {Qaïn). — Les virgules marquent les pauses logiques (y ajouter la pause rythmique de chaque fin devers). .J'hésite à noter les accents : aux accents traditionnels, sur la dernière syllabe articulée, s'ajoutent des accents « expressifs », sur â de renâclement, sur l'initiale de grinçait, sur l'initiale de ébranlement (?). Nous ignorerons toujours comment Leconte de Lisle détaillait ses vers.
3. La thèse d'Ibrovac sur Heredia contient un chapitre sur la langue et le style (p. 404- 440) et un chapitre sur la versification (p. 440 et suiv.), où le problème de l'harmonie est traité.
4. Toutefois Ténint [Prosodie de l'École moderne, 1844) distingue deux espèces de vers, « le vers chanté et le vers parlé ».