‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 310 sur 324 · Mérat, Chimères, p · texte numérisé non relu

Mérat, Chimères, p

5. France, La Légion de Varus {Gazette rimée, juin 1867). — Ces vers, où Varus doit être traduit « Bazaine », ont failli amener des poursuites judiciaires.

6. SuUy-Prudhomme, Œuvres, 1872-1878, p. 260 [Le Zénith] . — Il s'agit des martyrs de la science.

Ménard s'est complu à écrire un poème antithétique, où l'antistrophe exprime une idée directement opposée à celle de la strophe. En voici la conclusion (je conserve l'ortliographe) :

Stroje :

Qelqes jours encore, ô nuit du tombeau !

La lumière est si douce et la vie est si bêle

Antistrofe :

Ange de la mort, prends-nous sous ton èle.

Quand on s'endort en Dieu, le réveil est si beau !

(Poèmes et Rêveries, p. 79.)

ALLIANCE DE MOTS. — L'alliance de mots, qui est une sorte d'opposition résumée en deux termes, est un des procédés favoris des Parnassiens. Leconte de Lisle en use souvent et dans des conditions très différentes: éphémères divins {Dernières Poésies, p. 10) ; angoisse adorable de l'homme {Id., Parfum d'' Aphrodite, p. 20) ; le charnier des Dieux (Id., p. 4). Tristes de bonheur, de Ménard, s'explique par le contexte^. Mérat a risqué étincelantes pâleurs, qui est joli :

La nuit vient, effaçant les choses ; Le jour emporte ses couleurs.

Les étoiles qui sont écloses Ont d' étincelantes pâleurs^.

Mais il est difficile d'accepter, « sur les glaciers où midi brûlant ruisselle» :

Les angles Si>eltes ont la grâce des rondeurs^.

CONCLUSION

Les Parnassiens ont bien une phrase à eux. C'est une phrase pondérée, qui ignore les mouvements désordonnés de la passion ou les froids artifices d'une rhétorique facile. Faite d'éléments assez brefs, séparés par des silences ou des coupes bien marquées, cette phrase est généralement de longueur moyenne : le rythme n'est ni haletant ni ralenti outre mesure. Elle n'ignore aucun des procédés de style traditionnels : mais elle en use avec mesure et les varie avec habileté. Pour en juger, il faut la comparer à la phrase des Goncourt, par exemple, ou à celle de Barbey d'Aurevilly^.

En vers et en prose, quand il s'agit d'exprimer des idées, pour peu que le sentiment s'y mêle, cette phrase se resserre et aboutit à des sentences d'une valeur expressive indéniable :

Tristes de bonheur, leurs âmes trop pleines, Aspiraient l'écho des lyres lointaines.

Et, l'un dans les bras de l'autre enlacés. Ils laissaient couler les heures sereines. Quels rêves si doux ne sont effacés Par le souvenir des amours passés?

(Ménard, Poèmes et Rêveries, p. 164, Valse en bleu mineur.)

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