LES PARNASSIENS : CONCLUSION
Parfois le poète sombre dans l'horreur :
Aux bords retentissants des plages écumeuses Pleines de longs soupirs mêlés de lourds sanglots, Sous le déroulement monotone des flots ;
A l'heure où le soleil, ainsi qu'un roi cruel
Qui veut parer de draps sanglants ses funérailles,
5e déchire et secoue au dehors ses entrailles ;
Un homme se tenait silencieux^.
Sully-Pru-dhomme, lui, préfère le « tendre» :
Nous idolâtrons
L'écharpe de tes cils pieux Dont les ombres, d'azurs mêlées.
Baignent les deux molles i>allées Ou luit le bleuet de tes yeux^.
Bouilhet nous décrit les malheurs de la pauvre bûche
La pauvre bûche pleure encor, Mais déjà dans ses mille étreintes Le feu, comme un grand poulpe d'or, Fait, sans pitié, mourir ses plaintes^ !
Enfin il nous montre, chose étonnante. Dieu épelant du doigt une cicatrice :
Dieu, qui lit dans notre âme, au jour de sa justice, Epèlera du doigt la sainte cicatrice*.
Là était le véritable danger. Nous devons féliciter les maîtres de l'avoir évité, et il faut reconnaître que les élèves n'y sont pas tombés trop souvent. Les «petits Romantiques» nous offrent bien d'autres exemples de pires excès.
Cette École « rimeuse» n'a pas abusé outre mesure de la rime — songeons aux clowneries d'un Banville, que je me refuse, pour cette raison, à compter parmi les Parnassiens ; cette École impassible, qui eût pu rompre le contact avec la vie, et devenir proprement inhumaine, nous a laissé de beaux chants d'amour et de beaux cris de désespoir ; cette École descriptive n'a décrit qu'à bon escient, et les tableaux les plus lointains de nous, dans le temps ou dans l'espace, nous montrent, dans des cadres plus ou moins étranges, des hommes qui sont encore