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INTRODUCTION

DÉFINITION. — ■ Le terme à" Époque réaliste, que j'ai adopté pour la période qui commence vers 1852 pour se terminer vers 1885, est un terme commode ; toutefois, le mot de « réalisme », qui sert à la caractériser, est aujourd'hui à peu près dépourvu de sens. « Époque Réaliste», comme « Époque Romantique », « Époque Symboliste », est pour moi un nom propre tel que «Siècle d'Auguste», «Siècle de Louis XIV», etc., etc. ; il désigne une période arbitrairement délimitée.

Des faits importants marquent le début et la fin de l'Époque Réaliste.

En 1852 paraissent les Émaux et Camées, de Gautier, qui révèlent un aspect nouveau du romantisme ; la publication des Poèmes antiques, avec la prétace de Leconte de Lisle, est plus significative encore. En 1885, le manifeste du Symbolisme est le signe d'une nouvelle révolution linguistique et stylistique.

Entre ces deux dates, le mouvement romantique continue, dans une confusion croissante, avec, si l'on peut dire, des bonds en avant, et des retours en arrière.

Les hommes et les œuvres. — L'Époque Réaliste est une époque d'extrême confusion.

Hugo se renouvelle : de poète descriptif, il devient poète visionnaire. — Des fantaisistes, des exaltés, poussant jusqu'au bout, après les bousingos, les théories de la Préface de Cromwell, se rattachent plus ou moins directement au groupe des Vaillants de 1830.

Ce qui caractérise, au point de vue de la langue et du style, les écrivains que je classe sous l'étiquette romantique, c'est d'abord l'esprit révolutionnaire, qui explique, entre eux, l'absence de toute cohésion. Sainte-Beuve, dans une comparaison pittoresque, nous montre le navire Argo faisant naufrage en vue du rivage ; chacun des passagers s'efforce de gagner la côte à la nage ; l'expédition est abandonnée, mais la plupart des héros se tirent d'affaire, les plus vigoureux sans trop de peine. — Au point de vue de la forme, les « romantiques » sont des

improvisateurs, médiocrement respectueux des règles de Notre-Dame la Grammaire, d'ailleurs peu soucieux de créer des moyens d'expression nouveaux.

Les défauts et certains excès des romantiques (on les accuse couramment de négligence, voire d'incorrection) justifièrent une réaction de type «classique». Baudelaire fut un artisan en même temps qu'un artiste. — L'École parnassienne constitue un groupe cohérent, caractérisé par la solidité du fond et le souci de la perfection formelle. Un vers de Verlaine résume le programme du Parnasse :

Est-elle en marbre ou non, la Vénus de Milo ?

Un certain nombre de prosateurs isolés présentent les mêmes qualités : Flaubert, Maupassant sont les principaux. C'est alors que se fixe, — dans la mesure où la chose est possible, — la prose littéraire qui reste aujourd'hui la nôtre. — Mais un certain état d'esprit « moderniste», dont la formule a été donnée par Jouffroy dès 1822, invitait les artistes créateurs à «inspecter l'Invisible» (l'expression est de Rimbaud, mais «Invisible» est dans Jouffroy) et, pour rendre leurs découvertes, à, inventer des formes nouvelles. En vers, Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud apparaissent aujourd'hui comme les précurseurs de la révolution symboliste. En prose, les Goncourt, pour exprimer leur «vie à. bout de nerfs», ont imaginé l'écriture artiste. Alphonse Daudet et, dans une certaine mesure, Zola ont usé des procédés que les Goncourt avaient mis à la mode.

Après l'époque réaliste. — Je pouvais hésiter, pour l'étude de la langue de la critique littéraire — c'est-à-dire, plus précisément, pour l'étude de la langue des Lundis de Sainte-Beuve — entre la période romantique et la période réaliste. En fait, la critique de Sainte-Beuve se présente sous des formes diverses. Sainte-Beuve a « enseigné » et a publié des cours (son Histoire de Port- Royal a été « professée » à Lausanne ; son Chateaubriand, à Liège) : la langue des cours, même si elle est plus «écrite» que «parlée», est fort différente de la langue de Vessai; quant au feuilleton, qui paraît à des dates déterminées dans un journal, il exige un style particulier, le lecteur des quotidiens exigeant ce que Corneille, jadis, appelait des picoteries. Après réflexion, je pense grouper, dans un volume suivant, l'étude de la langue et du style des « critiques », universitaires et non universitaires.

Je crois devoir rejeter également au tome XIV l'étude des Décadents, qu'il est difficile de séparer des Symbolistes. Un poète tel qu'Henri de Régnier, par exemple, qui est « décadent» dans ses premières œuvres

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