‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 6 sur 324 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

eïi prose, se convertit assez vite au symbolisme (après avoir été parnassien), pour en venir enfin à une sorte de néoclassicisme. Le a mouvement décadent» (car il serait inexact de parler di' École) est d'ailleurs mal défini et il serait vain de l'enclore entre deux dates : tel écrivain, comme Rollinat, né décadent, est mort décadent — c'était son «génie». D'autres, assez nombreux, ont suivi la mode et ont renoncé plus ou moins rapidement à des procédés qu'ils ont jugé trop voyants. Ajoutons que la poésie « décadente» et la prose « décadente » ont évolué diversement et à des dates différentes.

Je m'efforcerai aussi, dans ce tome XIII, d'étudier un certain nombre de langues : la langue du roman^ la langue du roman-feuilleton, la langue du théâtre, etc. Il s'est en effet constitué, au xix^ siècle, toute une série de «poncifs» nouveaux, dont plusieurs régnent encore aujourd'hui. L'époque que j'ai appelée romantique a été, elle aussi, une époque de confusion. La langue et le style néo-classiques conservaient des partisans convaincus ; les grands romantiques — la chose était inévitable — s'étaient créé une langue et un style qui leur étaient propres. Vers le milieu du xix^ siècle, on peut considérer qu'une nouvelle langue et un nouveau style s'étaient imposés aux «médiocres» (je prends le mot dans le sens qu'il avait au xvii^ siècle). Les chapitres que je consacrerai à ce nouveau genre littéraire qu'est le Journal, au théâtre et au roman, seront une tentative pour fixer provisoirement, dans la seconde partie du xix^ siècle, les traits généraux de ces « langues » nouvelles. Ils ne seront, d'ailleurs, que des travaux «d'attente». Ils ne pourraient avoir la prétention de donner une solution à des problèmes très complexes ; je serais heureux s'ils suscitaient des études dont l'intérêt n'est pas niable. Quand nous étudions Victor Hugo, nous étudions un artiste, c'est-à-dire un style, dont l'influence sur la langue, d'ailleurs, a été considérable, mais qui reste une exception. Les romans d'Alexandre Dumas père, sans grand prestige dans le monde des artistes et dans le monde de la critique universitaire, nous donnent en quelque sorte une « norme ». Cette « norme » qui est le reflet d'une société plutôt que d'un tempérament, cette langue moyenne du roman, qui s'est établie peu à peu, n'a guère évolué et n'est pas encore entièrement abandonnée de nos jours. Il en est de même pour les autres « variétés» de la langue littéraire, qui n'ont été, jusqu'ici, l'objet d'aucune étude approfondie.

Conclusion. — Il semble, dès maintenant, que nous puissions établir un plan général pour l'étude de la langue française au xix^ siècle — « siècle «queje me crois en droit de terminer vers 1939-1940. L'Époque réaliste (1852-1885) sera présentée en deux tomes (t. XIIP, t. XIIP),

consacrés, comme le tome XII, à l'histoire de la langue littéraire. Les tomes XIV et XV, également consacrés à la langue littéraire, porteront sur la première et sur la seconde période symbolistes (1885-1905 ; 1905-1940). L'œuvre conçue par Ferdinand Brunot à l'aube du xx^ siècle se trouvera ainsi achevée en ce qui concerne la langue littéraire.

Charles Bru ne au

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