‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 65 sur 324 · Quatre Vents de l'Esprit, p · texte numérisé non relu

Quatre Vents de l'Esprit, p

G. Chat., éd. Ollcndortf, p. 327 {Boîte aux Lettres].

Histoire de la langue française. XIII. 5

L'harmome de la phrase. — Victor Hugo ne recherche pas les effets d'harmonie imitative chers à l'école de Delille^. Mais, quand le sujet y prête, il choisit ses mots de façon à créer entre le son et le sens une sorte d'accord :

Pendant que IDnibre tremble, et que l'âpre rafale Disperse à tous les vents avec son souffle amer La laine des moutons sinistres de la mer-.

Une correction (sinistre à la place d'énorme) s'explique sans doute par un souci d'harmonie.

Effarée, qui est impropre pour le sens, semble aussi avoir une valeur phonique dans les vers qui suivent :

La belle fille heureuse, effarée et sauvage,

Ses cheveux dans les yeux et riant au travers *.

Le rythme de la phrase. — Les effets de rythme sont plus nombreux.

Je ne citerai qu'un exemple, où le « staccato» souligne heureusement l'expression de la pensée :

Coup d'épée ; oui, mais non de poignard. Il te faut, Poète, un tournoi franc et libre, où, le front haut, On lutte, glaive au poing, sans fureur vipérine. Pied à pied, face à face, et poitrine à poitrine. Toi, soldat du droit, lui, champion de l'enfer*.

Notez que le dernier vers est « dérythmé ».

Conclusion. — Pour l'écrivain en vers, le problème de la phrase se présente d'une façon particulière. La pensée exige un certain nombre de groupes sonores, séparés par des silences et par des coupes ; la versification traditionnelle impose, avec des rimes, un rythme qui doit être sensible, sans quoi il s'évanouit, et varié, sous peine d'aboutir à une régularité ennuyeuse. Versificateur habile et exercé, Victor Hugo est passé maître dans l'art de résoudre ce problème qui, au premier abord, paraît insoluble.

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