Chdt., liv. I, V, éd. Ollendorff, p
Les blocs, ces durs profils, les rochers, ces visages
Avec qui l'ombre voit dialoguer les sages.
Guettent le grand secret, muets, le cou tendu ;
L'œil des montagnes s'ouvre et contemple, éperdu ^.
Mais, souvent, Hugo se plaît à juxtaposer des détails sans lien entre eux et de nature différente : la description de Gur (voyez p. 14) en est un bon exemple. Deux idées générales, ville forte, ville biblique, constituent le lien qui, dissimulé au premier abord, groupe solidement une série de faits qui semblent jetés là au hasard.
Hugo use dans ce cas d'un procédé très frappant, intermédiaire entre l'anacoluthe et l'ellipse, qui consiste à juxtaposer des termes qu'aucun mot grammatical n'introduit ; c'est au lecteur de deviner quel rapport logique les relie au reste de la phrase :
Combien qui ne croyaient parler que pour la terre.
Front haut, cœur fier, bras fort, Tout à coup, comme un mur subitement s'écroule, Au milieu d'une phrase adressée à la foule.
Sont entrés dans la mort-.
Parfois môme adjectifs et noms se succèdent, dans un désordre complet :
Et, brûlé, puis glacé, /chaos, simoun, frimas, L'homme de l'infini traverse les climats^.
C'est, semble-t-il, un souci de concision poussé jusqu'à l'extrême qui amène Victor Hugo à faire de la suppression de tout lien logique un procédé de style.
La symétrie. — Hugo est aussi hanté par un besoin de symétrie :
Belle, on la rêve divine.
Fleur, on la rêve soleil*.
Ton sort est d'être jeune, inepte; et vieux, ganache'^.
H est inutile d'en multiplier les exemples.
Le goût de la symétrie et le goût de la concision se satisfont en des vers sentences :
La justice est la tête et le juge est le pou®.