‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 67 sur 324 · VICTOR HUGO : CONCLUSION · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO : CONCLUSION

CONCLUSION

La poésie «visionnaire» a été mal comprise et injustement ridiculisée. Dans ce qui était une conception du monde, certains critiques n'ont considéré que l'accumulation d'artifices grossiers. Hugo a vu :

Le sentier a l'air traître et l'arljre a l'air méchant

Un précipice obscur sans pitié, sans merci

Et d'autre part :

Les bons clochers sortaient des brumes indécises ^.

Antithèse absurde, a-t-on dit. Mais les deux premiers vers symbolisent les ennemis de l'homme et reflètent l'angoisse du petit roi prisonnier de ses ennemis ; le dernier symbolise les pionniers du progrès moral de l'humanité et exprime la joie de l'enfant qui revoit Compostelle, son « paradis natal».

Il existe, suivant la disposition d'esprit du poète, deux visions de l'Egypte tout à fait différentes :

Elle étalait toute blonde d'épis, Ses champs bariolés comme un riche tapis,

Plaines que des plaines prolongent ; L'eau vaste et froide au nord, au sud le sable ardent Se disputent l'Egypte ; elle rit cependant

Entre ces deux mers qui la rongent^.

L'Egypte visionnaire est toute différente :

...L'antique Egypte et ses plaines sans ombre, Et tout ce qu'on y voit de sinistre et de sombre. Lieux effrayants ! Tout meurt. Le bruit humain finit. Tous ces démons taillés dans les blocs de granit, Olympes monstrueux des époques obscures.

Les sphinx, les anubis, les animons, les mercures. Sont assis au désert depuis quatre mille ans. Autour d'eux, le vent souffle et les sables brûlants Montent comme une mer d'où sort leur tête énorme. La pierre mutilée a gardé quelque forme De statue et de spectre et rappelle d'abord Les plis que fait un drap sur la face d'un mort. On y distingue encor le front, le nez, la bouche, Les yeux, je ne sais quoi d'horrible et de farouche Qui regarde et qui vit, masque vague et hideux. Le voyageur de nuit qui passe à côté d'eux S'épouvante et croit voir aux lueurs des étoiles, Des géants enchaînés et muets sous des voiles^.

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