‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 68 sur 324 · Orientales, Feu du Ciel, p · texte numérisé non relu

Orientales, Feu du Ciel, p

3. Conl., I, 6, La Vie aux Champs (date éd. : 1840 ; ms. : 1846).

Le mot qui revient sans cesse sous la plume des critiques superficiels est celui de « mauvais goût». Qui dit mauvais goût suppose l'existence d'un bon goût. Mais comment définir le bon goût?

Nous trouvons dans Hugo ce que les théoriciens du xvii^ siècle appelaient des plaisanteries «froides» :

L'air frcinit ; le glacier peut-être en larmes fond^.

Hugo n'évite pas toujours non plus des comparaisons tirées de trop

loin :

[La grande gitana]

Se penche sur la naine avec gloire et furie,

Comme une Pyrénée insulte une Asturie-.

Mais le défaut le plus fréquent et le plus grave de Hugo, à cette période de sa vie, c'est le verbalisme.

Il y a verbalisme quand une antithèse, une image, etc., est amenée purement et simplement par la rime :

le paon De sa queue arrogante insulta l'aegipan''.

Quel rapport imaginer entre le paon et ce personnage mal défini, velu et pourvu de pieds de chèvre, qu'est l'aegipan?

H y a verbalisme quand Hugo décrit, avec son abondance habituelle, des sensations inexistantes. Dans le Théâtre en Liberté^ la sorcière Zinab analyse l'impression de l'être qui se sent mourir :

Donc, je me dérobais. Voir, par une échappée.

Le sinistre univers de moins en moins vermeil,

Sentir qu'il devient rêve et qu'il devient sommeil.

Voir se superposer d'inconcevables routes.

Dans un tremblement triste et vague être aux écoutes,

Avoir, sans savoir où, ni comment, ni pourquoi,

La dilatation d'une fumée en soi.

C'est là mourir. L'horreur d'expirer vous étonne.

On craint d'être trop prêt de l'endroit où Dieu tonne.

En même temps on sent de la naissance. On croit.

Pendant qu'on s'amoindrit, comprendre qu'on s'accroît,

On distingue, en un lieu sans contour, un mélange

De soir et de matin, de suaire et de lange.

Les roses, ô terreur, qui vous boivent le sang,

Et le ciel qui vous prend votre âme, et l'on se sent

Finir d'une façon et commencer d'une autre.

L'esprit plane en la mort ; la matière s'y vautre^.

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