‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 83 sur 324 · Cf. aussi · texte numérisé non relu

Cf. aussi

J'ai touché les crins des soleils Dans les infinis grandioses, Et j'ai trouvé des mots vermeils Qui peignent la couleur des roses!

Je vins, chanteur mélodieux, Et j'ouvris ma lèvre enchantée, Et sur les épaules des dieux J'ai remis la pourpre insultée

4. Calmettes, Leconte de Liste, p. 311. — On trouvera dans Charles Demailhj, des Concourt, un portrait sympathique et ressemblant, sous le nom de Boisroger (éd. défin., Flammarion et Fasquelle, in-r2, p. 122-125).

5. Dans son édition des Œuvres de Glatigny, Anatole France dit des Odes Funambulesques qu'on les « lit comme une bluette » et qu'on les « relit comme un chef-d'œuvre » (p. xv). — II nous faut constater que l'œuvre de Banville a beaucoup vieilli.

6. Les références renvoient à l'édition d'Anatole France : Œuvres, Poésies complètes, Paris, Lcmerre, pet. in- 8°, xliv-388 p.

note propre. Glatigny n'est qu'un simple soldat. Né poète^, doué d'une rare facilité 2, il rappelle tantôt Hugo, tantôt Gautier, souvent Banville. 11 est un excellent représentant de ce qu'on pourrait appeler la xot-v/j romantique aux environs de 1865.

C'est un romantique de stricte obédience. Il a composé, lui aussi, son Château romantique :

Dans le vieux château romantique, La garnison, nombreuse encor.

Aux cris des teneurs de boutique Répond par des apj>els de cor^.

Comme il sied, Hugo y occupe la place d'honneur :

Hugo, dans la tour la plus haute, Siège, auguste, puissant, entier ; Les autres veillent côte à côte Près du capitaine Gautier*.

Il a une haute idée de la mission du poète :

C'est bien du sang des dieux que nos veines sont teintes. Et le laurier sacré fait un nimbe à nos fronts^.

Il part en guerre contre la poésie utilitaire^; il s'indigne contre les profanateurs de la Lyre :

Ah ! j'aurais pu braver le mépris et l'insulte ! Mais du jour où j'ai vu se glisser dans nos rangs. Parodiant nos vers, profanant notre culte, Tout le blême troupeau des gauches ignorants,

Des pleurs me sont venus, et j'ai dit : Grande Lyre ! G la joie et l'orgueil de mes désirs pieux. Je ne te ferai plus vibrer ; je me retire, Puisque des histrions ont tutoyé les Dieux^.

Pour lui, le poète est moins un mage qu'une victime ; c'est au poète qu'il pense quand il écrit Latone :

C'est ainsi que d'exil en exil, en tout lieu. Pâture que les loups se disputaient, victime Lamentable, elle errait pour expier le crime D'avoir senti son cœur battre à l'appel d'un Dieu^.

1. « Glatigny fut vraiment le type du buveur de vent, traîneur de rues et ventre creux » (Calmettes, Leconle de Lisle, p. 253-254).

2. A l'Alcazar (Calmettes, op. cit., p. 251), aux Folies Bergères (Fuclis, Banville, p. 431 et n. 2), il improvisait des vers sur les rimes que lui proposaient les spectateurs.

Page 1