Latone, p
Histoire de la langue française. XIII. 6
Et quand il nous trace ce crayon sinistre du poète, nous reconnaissons, hélas ! son propre portrait :
Sur lin morceau de roc, il s'assied. Une pie Saute à côté de lui dans le champ nu. Là-bas, Une louve attentive et famélique épie L'heure où le désespoir va le jeter à bas^.
VocABUL.\iRE. — Prodigieusement riche, il s'étend du vocable noble au terme ramassé dans le ruisseau, de l'archaïsme au néologisme. Glatigny connaît emperlé^, infécond^, morbidesse :
O morbidesse exquise ! ô charme irrésistible ! De l'immobilité mystérieux accords* !
Il fait rimer Orientales avec crotales^ ; il nous montre le peplos bleu de Latone qui fuit®.
Il recherche la forme et le mot rares : baladine, râlement.
O baladine énamourée !
Votre désir est que les vents
Soulèvent la masse adorée
De vos souples cheveux mouvants^.
Tout cela, c'est à moi, fille à la belle croupe, Tigresse dont j'ai pu compter les râlements^.
Avec ces mots, nous entrons dans son véritable élément, la poésie familière.
A sa maîtresse, qui ne sait pas très bien ce que c'est qu'un poète, il explique :
J'accouple des mots jaunes, bleus ou roses. Où je crois trouver de jolis effets.
Ces lignes tantôt petites ou grandes Qui semblent marcher toutes de travers Et sur le papier défilent par bandes, On appelle ça quelquefois des vers^.