‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 109 sur 352 · LA RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION DE

nombreuses dans radministration. Des débats en anglais se terminaient par une phrase française. Le roi s'adressant à son Parlement prononçait fidèlement les vieilles formules, au grand étonnement de ceux qui ne connaissaient pas Tesprit conservateur de nos voisins. Chamberlain nous a donné sur ces usages toutes sortes de détails K En plein x vu i® siècle, les Anglais philosophes trouvaient une bonne raison pour justifier ces apparentes bizarreries. « C'est la dernière marque qui nous reste de notre esclavage, disait le juge Blackstone, et il est bon que nous la conservions, parce qu'elle nous rappelle que notre liberté peut périr -. » Tous ces vestiges n'avaient pas grande importance en eux-mêmes.

Blackstone déclare quau bout d'une semaine d'études, un Anglais comprendra le « Grand Coutumier de Normandie » aussi bien, sinon mieux, qu'un Français de Paris 3. Il exagère. Malgré tout, ces traditions imposaient aux hommes de loi la nécessité de prendre une connaissance superficielle du français, comme du latin*. « Le droit commun, dit Chamberlain, est encore escrit en François, ou pour mieux dire en Norman, et les jeunes escoliers l'estudient en cette langue. Comme aussi quelques plaidoyers et tous les termes des procédures sont François ^. » Sans doute on publiait

t. « Uoratcur demande... si ce doit estre une Loy ou non? Si la plus grand'part (du Parlement) le veut, le Clerc écrit en François sur le Parchemin, soit baillé aux Coufi" munes, ou, soil baillé aux Seigneurs; retenant encore en ceci, et en beaucoup d'autres choses, quand il se fait de nouvelles Loix, la coutume de nos Ancêtres, qui savoient presque tous la Langue Françoise » (VEst. près., II, 65).

a Dans la Chambre des Seigneurs on cueillit les Voix en commençant par le puisné... chacun repondant à part Content ou non Content. Dans la Chambre des Communes, on divise les Voix en Ouys et Nons »» (/Jb., 67). (Quand les Lords envoient un Bill aux Communes), « si la Chambre Ta approuvé, on écrit sur le Bill en vieux François, Les Communes ont asseniez ». (//>., 66). « Dernièrement on a pris la coutume de les exprimer ainsi (les Actes du Parlement) : Qu'il soil conclu et arresté par sa Majesté Serenissime, avec l'avis et consentement des Seigneurs Spirituels et Temporels et des Communes (//)., 70). Cf. Charl., Vie soc, 206 : « Le secrétaire de la Chambre lit le titre du projet de loi, regarde à la fin, et y trouve, écrit en français, probablement par le Roi lui-même : « Le Roy le veult. >» Il lit : puis se tournant vers les autres, il dit : « Soit fait comme vous désirez. » Charles II remercie le Parlement : « Le Roy remercie les Seigneurs et Prélats et accepte leurs benevolences. »

2. De Lolme, Constit.^ 1771, 61. Dès le xvi* siècle pourtant, certains Anglais étaient d'un avis différent. Our Commyn lawys wryten in the French tongeand therin dysputyd and tought, wych... ys ignomynyouse and dyshonowreto our natyon ; foras much as therby ys testyfyd our subiectyon to the Normannys. (T. Starkey, Dial. between Card. Pôle and Th. Lupset, Early Eng. Tcxts. Soc., 1871, extra Séries, XH, p. 122). (Notre droit commun est écrit en langue française, et les débats et renseignement de la loi remploient, ce qui... est ignominieux et deshonorant pour notre nation, car, par là se témoigne notre sujétion aux Normands).

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