APRÈS LA RESTAURATION
Le nom de Saint-Evremond évoque celui de la duchesse de Mazarin, comme le nom de Voiture celui de M"*' de Rambouillet. I.a duchesse (Hortense Mancini) avait été attirée à Londres par la veuVe de M. Harvey (Elisabeth Montaigu), en 1675 ^ ; peut-être avait-elle Tespoir, autant que de retrouver sa cousine, la duchesse d'York, de renouer avec le Roi, si porté vers les femmes, une intrigue qui fît suite aux pourparlers d'autrefois. Si elle manqua, par caprice d'amour, Toccasion de supplanter la belle Kéroualle, et de jouer un rôle politique, elle prit du moins une place de premier rang dans la vie de la Cour et du monde. Le roi la logea à Saint- James, où la plus haute société anglaise s'empressa autour d'elle, et où elle régna d'abord par la beauté, ensuite par la grâce, le charme des manières et le goût pendant près de vingt-cinq ans, sous Charles II et Jacques II d'abord, puis, après une courte disgrâce, sous Guillaume d'Orange. Sa maison tint à la fois de la Cour et du Salon. On y rencontrait les Grands : Montaigu, Godolphin, Arran, Feversham, Arlington, la comtesse de Sussex, et des hommes de lettres et d'études : le sceptique érudit Vossius, le théologien Justel, réfugié en 1681, Tabbé^de Saint-Réal, le poète Waller. Saint-Évremond était le secrétaire en prose et en vers de cette maison où La Fontaine faillit venir s'établir en 1687. « On s'y entretenoitsur toutes sortes de sujets, dit le biographe de Saint-Evremond, on disputoit sur la Philosophie, sur l'Histoire, sur la Religion ; on raisonnoit sur les ouvrages d'esprit et de galanterie, sur les Pièces de Théâtre, les Auteurs anciens et modernes, Tusage de notre Langue, etc.. Ces conversations donnèrent occasion à M. de Saint Evremond de faire plusieurs Ouvrages, comme /a Défense de quelques Pièces de Théâtre de M. Corneille^ les Re flexions sur les Tragédies et sur les Comédies Françoise, Espagnole, Italienne et Angloise, sur les Opéra, la Comédie des Opéra, la Dissertation sur le mot de Vaste, et plusieurs autres Pièces, dont je parlerai dans la suite*.» Ces sujets seuls indiquent en quelle langue on conversait.
Après la mort de Charles II. — Le duc d'York, qui devint Jacques II, savait le français, nous Tavons vu 3. Reresby raconte même qu'il Taimait, et « voyait d'un œil favorable ceux qui le parlaient ». Le jour de sa proclamation (l®' fév. 1685), un page français, au dire d'Evelyn, chantait des chansons d'amour^.