‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 120 sur 352 · Bast., o. c.j · texte numérisé non relu

Bast., o. c.j

4. L'éditeur des Mémoires du Chevalier Temple annonce qu'il a fait « traduire ce livre de l'Anglois dans la Langue universellement plus entendue » (Gaichiés, Max. sur le minist. de la Chaire et Disc, acad., 235, note A), etc. En 1667, Chapelain, parlant d'un écrit célèbre, la Justificalion des droits que la Reyne très chrestienne a sur le Brabant et sur le Hainaut, disait qu'on l'avait mis non seulement en espagnol, mais en latin et en français « pour estre leu de toute l'Europe » {Let.^ II, 512, n. 2).

5. It is now come to pass, that the French Tongue is in a manner grown Universel n Europe, but especially amongst the Gentile part of it.

LA « GALLOMAME » 171

— « Oh ! ne vous y trompez pas, interrompit-il aussitôt, ce n'est pas une grande estime que nous fassions de cette langue et de ceux à qui elle est naturelle ; car, au contraire, nous méprisons et la langue et la nation ; mais c'est que nous ne voulons pas qu'il soit dit qu'ayant à la parler quelquefois, nous y faisons des fautes, encore moins que nous rignorons, toute méprisable qu'elle nous est^ »

D'autres que les grands s'y mettaient aussi par intérêt : je veux parler des commerçants. Nous avons là-dessus le témoignage d'un intendant qui nous rapporte que « dans ladite ville de Morlais il s'habitue ordinairement un assés bon nombre de marchands Anglois qui font les commissions et les factures pour ceux de leur nation . Ils s'en est veu dans les dernières années jusqu'au nombre de six cens. Mais le nombre en est présentement beaucoup diminué, lesdits marchands d'Angleterre y envoians leurs enfans des leur jeunesse pour y apprendre le François et le Breton 2. »

Le français et la culture. — Si beaucoup de ceux qui s'appliquaient au français, y étaient déterminés par des raisons de pure utilité, d'autres, et en assez grand nombre, considéraient notre langue comme une langue de culture. En Angleterre, plus que partout ailleurs, le latin perdait la haute estime dont il avait longtemps joui. Déchu dans l'Église de son rang de langue religieuse, bien moins important comme langue juridique que son rival, il n'apparaissait plus guère que comme une forme de pédantisme. Pepys, satisfait de s'exprimer Ixii-même en français, rapporte avec malice en quel embarras se trouvait un savant d'Oxford, en robe de docteur en droit, qui resta là assis comme un sot, faute de savoir le français ou l'espagnol, ne connaissant que son latin ^. De 1663 à 1666, des savants comme Wray et Willoughby parcouraient la France^. Aux anciennes études, il fallait, d'après le remerciement de Milton à son père, joindre les fleurs de France^. Le français, selon le mot de Sedley, avait chassé le latin de la tête des galants ^. Et bientôt Locke admettra que c'est par lui qu'une éducation complète doit commencer'. « Est-ce que mon jeune frère parle déjà quelque peu

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