Rance, o. c, I, 320, n
cit., 218), OÙ ils soutiennent que celui qui lit Télégie sur le livre de Charpentier croit à la supériorité du français, mais que quiconque l'étudié attentivement est assuré de la prééminence du latin, tant par sa façon de faire Téloge du français^ l'auteur a travaillé — non sans le savoir, peut-être — au triomphe de la langue et de la poésie latine. On invite les adversaires à cesser de triompher, Santeuil, par un artifice insaisissable, ayant lui-même détruit ce qu il prétendait établir. Une courte pièce satirique contre Charpentier, qui a latino Poëta laudari non renuit^ duni latinas Musas atroci stylo insequiiu7\ accompagnait Tépître. Tout ceci était bel et bon, mais ne pouvait servir qu à couvrir la retraite. Il est bien vrai que les derniers vers, où lauteur regrette de n'être pas poète français, et demande pardon à la Muse latine, sentent le badinage ; en revanche le tableau des progrès faits par le français et l'exposé de ses droits sont fort sérieux et très justes. Au reste dans un écrit ultérieur, Santeuil ne renie en aucune façon sa pièce ^
La h ar angle du P. Lucas. — Cependant, quelque grand effet qu'ait eu la séance académique, dans le camp adverse on ne se tenait pas pour battu. On organisa une contre-séance, au cœur même du ^*pays latin, dans ce Collège de Clermont qui était la citadelle des jésuites latiniseurs. Le 25 novembre il y eut une cérémonie que Santeuil lui-même nous a contée :« Le R. P. Lucas, Jésuite, Rhetoricien, dit-il, prit les armes en mains pour la défense de la Langue Latine; il donna jour à son Action, où il convoqua tous les Sçavans: Il s'agissoit de la fortune de Tune ou de l'autre Langue ; là se trouvèrent les Varillas, les Ménages, les Duperiers, les Desperiers, les Doujats, les Halles, les Petits, les Blondels, les deux Chancelliers des Lettres Divines et Humaines, et autres qui prennent parti dans le pais Latin et François. L'Orateur leur fist connoistre la bonté de sa cause, et nous pouvons dire que l'Ancienne Rome parla par sa bouche.
1. Parlant de Charpentier, dont il résume le livre, il ajoute : « J'avoue de bonne foy, que je fus charmé de la défense de sa cause et que je ne pus m'empôcher de mettre toutes ses raisons en vers, en ostant la dureté du sérieux, pour y substituer en la place les ornemens et les délicatesses de la Poésie, par où on plaist, et par où on insinue la vérité dans Tcsprit.
« Je luy adressay cette Elégie qu'il a bien voulu adopter dans son Livre, pour montrer qu'il ne rompoit pas tout-à-fait avec Messieurs les Latins ; et Ton vit, je ne sçay par quel malheur, pour luy ou pour moy, un Lalin proscrit et banni de France au milieu du Païs François ; puisque ce Livre qui condamnoit le Latin en France, avoit en teste une Elej^ie Latine. Ce livre allarma tout le Parnasse Latin. Et la pauvre Université en fut émeuë » (Santeuil, Œav.y II, 33).
Romaque Roinano mirata est ore loquentem * »
Charpentier constate aussi, de son côté, TeiTet produit par cette harangue, vrai tvpe de la rhétorique d'alors. Il accorde qu'elle fut « grande, noble, applaudie de tout son Auditoire composé de dix ou douze Evesques, de plusieurs Conseillers d'Estat, et de tout ce qu'il y a de plus exquis dans le Monde spirituel ^. » L'affaire, au dire de Santeuil, était décidée en faveur des Latins. Il n'en était rien.
Séance A lWcadémie. — On profita à l'Académie, de la réception de M. le président de Mesmes, le 23 décembre de la même année, pour répondre solennellement à des attaques solennelles. Le premier qui parla fut Tallemant le jeune, mais il « chercha moins à persuader ses auditeurs qu'à les entretenir agréablement «*. » Charpentier ajouta un discours où il essayait de défendre la langue du reproche d'instabilité, en « justifiant la Nation Françoise de l'Inconstance dont on l'accuse ordinairement^. »
Comme nous le montre le récit que Santeuil nous a laissé^, ni lui,