Schickler, o. c
contestations. Comme partout, les connaissances industrielles des huguenots servirent les intérêts du pays. A Canterbury et à Norwich le tissage, à Ipswich les toiles fines et à voiles, à divers endroits la fabrication du papier, des glaces étamées, des soieries, d'autres industries encore profitèrent de leur habileté technique. Ils entrèrent avec ardeur dans les armées envoyées contre nous. Guillaume les récompensait largement et les soutenait autant qu'il le pouvait contre les récriminations des jaloux. Il leur devait cette protection, car il n'avait pas de meilleurs soldats. Leur haine de l'oppresseur fut non seulement ardente, mais active. Ils ne se contentaient pas de l'éprouver, ils la semaient autour d'eux K
Les réfugiés apprennent l'anglais. — Mais la question qui nous occupe ici est plus spéciale. On voudrait savoir si les huguenots gardèrent leur langue et la répandirent. Il est bien évident que l'assimilation d'une masse aussi considérable que celle dont il vient d'être question ne s'achève pas en un jour. Cependant la presque impossibilité dont j'ai parlé déjà, de vivre en paix et en sûreté sans devenir citoyens et membres de la nation britannique ne laissait guère à ces Français d'autre avenir ouvert que celui dune anglicisation complète, qui était impossible, tant qu'on ne se mettait pas à l'anglais. Les premiers arrivés avaient donné l'exemple. La quantité de Français auxquels fait allusion Mauger, qu'il avait vus à Londres et qui « parloient fort bien l'anglois^, » étaient certainement des huguenots ^, Les réfugiés de la Révocation ne s'entêtèrent pas plus longtemps que leurs prédécesseurs à vivre en étrangers, du moins ceux qui le purent.
Parmi eux en eBfet, il y avait une élite intellectuelle, dont les principaux membres sont bien connus. Ils se réunissaient à la taverne de l'Arc-en-Ciel, dans le voisinage de Mary-le-Bow ; le doyen de ces réunions était Pierre Daudé, commis de l'échiquier,
1. Peu après la Révocation, Louis XIV reçut de Barillon une dépêche lui rendant compte du tort qui lui était fait à Londres par » les plus emportés et les plus insolens huguenots François, le ministre Satur, le ministre Lorthié, le ministre Langle, surtout un dangereux homme nommé Bibo faisant le philosophe, Justel, Daudé, Aimé, La Force, Lefevre et Rosemond, et un vendeur de tous les plus meschans livres qui s'impriment en Hollande et ailleurs contre la religion et contre le gouvernement de France. Cest le Bureau, huguenot françois, qui en fournit à tout le monde, et il fait imprimer actuellement en françois et en anglois une lettre supposée qu'il dit avoir reçue de Nyort, où l'on rapporte cent cruautés exercées par ordre du Roy contre les Rcligionnaires » (Bastide, o. c, 215-216).