‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 193 sur 352 · Id., i · texte numérisé non relu

Id., i

l'effet que produisit rétablissement des protestants en ce qui concerne la diffusion de notre langue. Deux choses pouvaient diminuer cet effet et toutes deux purent être observées. Ou bien les réfugiés vivaient entre eux, ou bien au contraire ils se fondaient dans la masse commune, en perdant leur caractère propre. Mais ni leur isolement ne fut assez complet, ni leur dénationalisation assez rapide pour que leur action soit négligeable .

D'abord plusieurs d'entre eux étaient des hommes de travail et de science : Barbeyrac enseigna à Groningue, Bernard et Drelincourt à Leyde. Leurs cours étaient en latin, sans doute, mais pas toujours. Nous savons par Bayle que Jurieu faisait toutes ses leçons en français, afin d'avoir pour auditeurs les gens qui ne savaient pas le latin K En outre, souvent les œuvres publiées n'étaient pas en latin, même celles des professeurs d'Universités. C'est en français que Basnage écrivit les Annales des Provinces Unies et Y Histoire des Juifs^ que Saurin donna ses Discours sur. V Ancien et le Nouveau Testament^ et Elie Benoist une Histoire de lEdit de Nantes^ qui n'est pas encore oubliée. David Martin écrivit aux Pays-Bas son Nouveau Testament^ et il ne pensait guère abandonner le français, car, de sa retraite, il ne cessait pas de suivre le travail de l'Académie, à laquelle il envoyait des observations sur la deuxième édition du Dictionnaire. Isaac de Larrey a publié à Rotterdam entre 1697 et 1713 son Histoire d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, et en 1718 son Histoire de France sous le règne de Louis XIV ^ achevée d'imprimer après sa mort, en 1721 '-. Enfin, c'est en Hollande aussi que s'établit Bayle. Sans parler encore de ses Nouvelles, sur lesquelles nous aurons à revenir, après avoir combattu et la persécution en France et le calvinisme orthodoxe des Jurieu et des Saurin, il donna ce Dictionnaire historique et critique qui marque une date dans l'histoire de la pensée aussi bien que dans celle de l'érudition '*.

C'est en français aussi que retentissait la parole des grands prédicateurs : Saurin, Claude, Jurieu, du Bosc. Autour de leur chaire accouraient non seulement ceux qui les avaient accompagnés, mais les membres des vieilles églises wallonnes, et les Hollandais même qui étaient en état de les comprendre.

Les écoles aussi bénéficièrent de l'arrivée des réfugiés : souvent

1. Letl. à son fr. cadet, Rotterdam, 17 avr. 1684. Nouvelles Lettres, 1739, II, 330.

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