Compayré, Démia^ 47, l. Id., Ibid
5. 11 y a des « Bastimens, de Religieux, de Religieuses,... vous ne les sçauriez i-omplcr, et pour de magnifiques Escoles, et amples sales... combien y en-a-t-il? Vous «e les sçauriez non plus compter, car il n'y en a point \Avis louchant les petite» Escoles. Bib. Maz., A. 10 694, 73* pièce, p. 1 i).
ville tant soit peu policée, que pour y faire des souliers, pour y tailler des habits, pour y forger des serrures et des clefs, il faille avoir fait son apprentissage sous quelque Maistre pendant plusieurs années^ et avoir passé en suite par l'examen des plus Experts de la profession. Et pour la première instruction des Enfans qui est de si grande conséquence, qu'il soit permis à tous indifféremment de l'exercer : et à des jeunes Gens qui sont sans expérience, et qui sont encor Escoliers pour la pluspart, d'aller faire leur apprentissage et leurs coups d'essais aux despens de ces pauvre [s] petits. Le remède à ce mal comme à beaucoup d'autres, seroit celuy que j'ay dit, de prendre un quartier, y establir une bonne Escole, et puis travailler tout le mieux que faire se pourroit, pour dônerun exemple, d'une instruction facile et naturelle quifust sans contredit » (o. c, 12-13). /p Et l'idée de fonder une école normale se présente à Démia qui la ^réalise. En 1671, une communauté est créée à Lyon pour former les maîtres-hommes. Des lettres patentes de 1681 en confirment l'établissement. En 1687, une communauté analogue s'ouvre pour les femmes. Dans l'intervalle, J. B. de la Salle a fondé à Reims son séminaire des maîtres d'école. Meslier en voudrait un à Paris, où on se concerterait sur les méthodes et où on ferait des expériences pédagogiques ^ Il y est même noté, et la chose importe à mon sujet, que le bon langage serait une des matières des études. Beaux projets qu'on n'était pas à la veille de réaliser! -
Les maîtres d'école et la iangue française. — En réalité, renseignement, dans beaucoup d'endroits, se donnait en patois, aussi bien à l'école, qu'à l'Eglise. Le successeur de Godeau, l'évêque Thomassin, en publiant les homélies de son prédécesseur, rapportait que Tévêque académicien eût changé volontiers sa langue contre le
1. Les Frères en curent une quelque temps, entre 1699 et 1705(Fosseyeux, o. c, 66).
3. On y enseignerait aux «Maîtres la manière de bien faire le Catéchisme, de bien lire le Latin, et le François, en établissant s'il se pouvoit une grande uniformité delangage, banissant certain patois corrompu. On leur montreroil Tart de bien écrire,, et de bien chifrer : On leur enseigneroit encore, si Ton vouloit, les Elcmens d'Euclyde, le Plainchant, THonnéteté, la Civilité, et toutes les autres choses, dont les Maîtres, pourroient être instruits eux-mêmes dans un lieu où Ton feroit profession d'enseigner tout ce qui seroit nécessaire pour la perfection de la jeunesse. » {Avis important^ Toachanl Vélablissemenl (Tan espèce de Séminaire pour la formation des Maîtres. d'Ecole. (Bib. Maz., A. 10694, 103* pièce).
Généralement, au dire de Meslier, on fonde TEcole, qui est comme le corps, et on ne fonde pas Finstruction qui en est comme Tàme et la vie. Il <« faudroit en premier lieu examiner et arrester la façon d'enseigner la meilleure et la plus naturelle, et la plus facile » consulter les plus expérimentés, ensuite faire essayer par un homme capable • [Avis touchant les petites EscoleSy 6-7).
Le mattre devrait rendre compte chaque mois par un examen public, de façon que « ny Maistre ny Escolier n'en sçauroit faire accroire aux parens » (o. c, 11).
patois du pays, afin de pouvoir mieux instruire son peuple, et que si Dieu lui eût donné le choix ou du don des miracles ou de la langue provençale, il eût choisi plutôt de parler cette langue que de ressusciter trois morts chaque jour. Et Tauteur ajoute — ici il ne s'agit plus de rêve, mais de faits — : « Vous lavez vu souvent, au milieu des enfants et des païsans, leur enseigner la doctrine en leur idiome vulgaire, vous l'avez admiré dans les visites de ce diocèse, s'eiforçant de faire des sermons en provençal avec un abaissement extresme et une charité inconcevable K »
On se demande, en présence de certains textes, si Ton exigeait toujours des maîtres d'école eux-mêmes qu'ils sussent le français. Cela ne me paraît pas du tout assuré. Racine n'était ni un athée ni un libertin. Il ne songeait pas à inspirer le mépris des « régimes déchus. » Or il nous dit textuellement que les maîtres d'école d'Usez qui le saluaient ne le comprenaient pas et qu'il ne les entendait pas non plus : « Il n'y a pas un curé ni un maître d'école, écrit-il, qui ne m'ait fait le compliment gaillard, auquel je ne saurois répondre que par des révérences, car je n'entends pas le françoisde ce pays, et on n'entend pas le mien : ainsi je tire le pied fort humblement ; et je dis, quand tout est fait : Adiousias (Ae/., 1661, Œuv., VI, 419).
L'apprentissage de la lecture en latin. — Qu'était-ce donc que savoir lire? Il faut éviter les méprises à ce sujet. Savoir lire, c'était d'abord savoir lire en latin. On commençait par là. Cetten méthode s'est conservée çà et là jusqu'à nos jours 2. Elle était uni- " versellement pratiquée ou à peu près autour de 1650, quoiqu'on Teût déjà critiquée. Ce n'est pas parce qu'il était plus facile de commencer par le latin où toutes les lettres se prononçaient qu'on en usait ainsi, c'était parce que le caractère de l'école en faisait un devoir. Il fallait lire avant tout les prières et le rituel, dût-on en rester là.
Donc, après la « croix de par Dieu », où ils apprenaient les lettres, les enfants les assemblaient en syllabes, puis s'exerçaient sur le « paier^ ave, credo, misereatur, confiteor, Benediciie, Affi-
1. Abbé Gogncl, Anl. GodenUj Paris, 1900, 8**, p. 358. Vcnce est dans l'urrondissemenl de Grasse (Alpes-Maritimes).
3. MoD collaborateur primaire, M. Tlnspecteur Bony, né le 9 mars 1860, a encore » appris à lire en latin d'abord, à Técole de Villy-en-Auxois (arrond^ de Semur). Cétait '^ à son époque une règle générale dans ce pays et bien ailleurs. Une de mes domestiques, née en 1858, élevée par les Sœurs de Voutezac (Corrèze), est dans le même cas. Il n'y a guère que quarante ans que cette pratique est interdite dans les écoles publiques. Elle continue dans certaines écoles catholiques.
mix^^ Et beata^ Angelo Dei » . Quand ils sont formés à épeler, dit VÉcole paroissiale^ qui règle minutieusement tous ces détails, il leur fafut « donner un Livre, qui soit composé du Magnificat : Nunc dimitti : Salve Regina, Verset, et Oraison, des sept Psaumes, et des Litanies des Saints, du S. Nom de Jésus et de celle de la Sainte Vierj^e: D'une Liste des Nombres des chiffres communs... des Versets et des Réponses de la Messe » (171-172). C'est seulement quand l'enfant sera bien en possession de la lecture latine qu'il abordera la lecture en français '. Les classes des tout petits sont divisées à cet effet en cours bien- distincts, assis à des tables spéciales 2.
Les pédagogues se rendent parfaitement compte des difficultés que l'enfant va rencontrer. Il va lui falloir prononcer deujr^ règne, nostre, qui^ comme dœ, refl, notr, ki, après avoir d'abord appris à dire de-u-s, re-gn-um, no-st-rum, qui, Ent de cantent, où tout s'entend, l'empêche de lire ils cliantent avec sa dernière syllabe sourde, etc.. Aucune recette pour y remédier. 11 est seulement recommandé aux maîtres d' « aller progressivement » [hc. par. , 182-186) ^.
J'ai marqué (tome IV, 179) l'influence détestable que cette pratique eut sur la prononciation française. Nous entrevoyons, à travers les textes, que c'est une des raisons pour lesquelles on savait mal lire . Souvent l'écolier n'allait pas jusqu'au bout. En 1673, un Règlement l^our les écoles dominicales autorisa, après les exercices religieux et l'instruction religieuse « a apprendre a lire a celles qui auront volonté de se faire instruire, ou a perfectionner dans l'usage de la
1 . « Il faut premièrement, que les enfans avant que cPctre mis à la lecture Fraii- QoisCf sçachent bien lire en Latin en toutes sortes de livres : car cette lecture étant le rondement de la Françoise, puis qu'elle contient les mêmes caractères et syllabe^:, si on monstre à un enfant à lire en Latin et en François tout ensemble, il donnera grande peine au Maistre » (//>., 181).
3. Le long de la muraille, il y aura trois bancs de chaque côté, où seront assis ceux qui liront en Latin et en François ; mettans ceux de médiocre condition ensemble, et les pauvres ensemble... Le premier de chaque côté sera haut de quinze pouces, et on y mettra ceux qui lisent en François. Le second d'un pied, et on y mettra ceux qui lisent bien au Latin et commencent à lire en François. Au troisième, haut de neuf pouces. . . ceux qui sont k A, H, C. ceux qui ëpellent et commencent à assembler les syllabes (/b., 57).
3. C'est par cette dilTiculté que s'explique une observation de Démia rapportée par M. Gompayré (Demia, 44). On fait observer à Lyon aux enfants que le t ne se prononce pas dans esprit ^<erae(. Cela parait au premier abord bien subtil, et porte à croire que les enfants étaient bien instruits, si on en arrivait avec eux à de pareilles délicatesses. Mais il en faut en rabattre. VÉcole paroissiale note aussi qu'il faut faire La liaison : ildisoit à Pierre, mais c'est pour montrer à i'enfanl, j^éné par sa connaissance du latin que si le t s'articulait ici exceptionnellement, il ne s'articulait pas en général. Dans il fuit, l'enfant disait d'inslinct/'uiT comme en latin. Il était nécessaire de réagir, et par suite de marquer aussi les cas où les finales françaises s'entendaient (Voir £c. par., 18i).
LK FllANÇ.\rS KT LES PETITES ÉCOLES H
lecture celles qui auroièt quelques cômencemès » car « c'est un grand mal que Ton envoyé rarement les filles a Técole, et que celles que les parens y envoyent, n'y restent pas un temps suffisant pour apprendre parfaictement a lire •. »
On pense bien que si ces funestes principes étaient reçus dans les petites écoles, où le latin ne jouait malgré tout qu*un rôle accessoire, les collèges n'en connaissaient sed d'autres. D'Aubigné, qui (ut mis dans les mains d'un savant, apprit plusieurs alphabets à la fois, et s'exerça à lire en latin, grec et hébreu. Jamais Thomme « astorge et impiteux » qui lui enseignait, Jean Cottin, n'eût eu l'idée d y joindre la lettre française. Les régents jetaient les enfants <ians Despautère .
Un PRÉGDRSEUii. Bëhourt. — Cependant une révolution se préparait. Dès la fin du xvi® siècle, quelques précurseurs avaient •demandé l'abandon de la méthode traditionnelle ^. Une place de •choix parmi eux doit être réservée àBehourt^. Il ignorait certainemant les idées de son illustre contemporain Comenius, dont la Didaclica magna ne parut qu'en 1627. C'est de Comenius qu'est Tadage : Apprendre le latin avant la langue maternelle, c'est vouloir monter à cheval avant que de .savoir marcher. Dès 1620^^ Behourt mélangeait lecture française et lecture latine dans son livre : Alphabsts françoys, latin^ et Grec (Rouen, Louys Loudet, Bib. Nat., Inv. X, 11800). Et dans le livret, où il y a une petite grammaire à l'usage des enfants, il justifie son innovation en quelques mots très heureux : « J'ay traicté le tout en Françoys, afin que la perception en fust plus prompte, baillant la manière de sçauoir deuant la «cience, estant chose absurde de les rechercher ensemble » (I.et. au Pr. de Lorraine, duc de Joyeuse, Abbé de Fescamp).
La LKcruRE en français a L'OavTorRE et a Port- Royal. — La réforme ne se fit pas par le bas. Klle ne vint pas des maîtres des petites écoles. Démia, pas plus que l'auteur de V Ecole paroissiale^ 4ie vit l'intérêt qu'ells avait; paut-être mèm3 y fut-il opposé.