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LE FRANÇAIS DANS LE RESTE DE L ALLEMAGNE 29i
car en 1608, le duc Bogislas XIV et Georges, tous deux fils de Bogislas XIII, reprochent à leur frère de ne pas leur avoir écrit de lettre en français. Le premier mettait, paraît-il, à côté de son nom : « ma propre main ^ . »
1 . Steinhausen, art. c, 3* partie, 3* 1. 28. En ldS9 André Magier, d'Orléans, enseignait déjà le français dans la famille des princes (Id., art. c, 360). Sur ce Magier, voir TarUde de Stengel cité plus haut.
Généralités. — On vient de constater qu'il existait un certain nombre d'écoles de français en Allemagne au commencement du XVII® siècle, et on serait déjà en droit d'en conclure qu'une partie de la société allemande s'était mise à l'étude de notre langue.
Il est temps d'ajouter qu'une foule de jeunes Allemands venaient aussi à l'école en France. Je sais bien qu'il ne faut pas compter à cette époque comme étudiants de français tous les étudiants inscrits dans les Universités de notre pays. La nation d'Allemagne a toujours été une des plus peuplées de l'Université de Paris, et il n'est pas du tout sûr que ses membres aient toujours appris le français, qui ne franchissait pas la porte des collèges *.
On les voit fréquenter Montpellier. Or il est bien certain que ce n'était pas là, en plein pays provençal, qu'ils pouvaient apprendre à parler français, ils le savaient bien. Ce qui les y attirait, c'étaient des avantages d'un tout autre ordre 2.
Les villes d'Universités. Orléans. — Quoi qu'il en soit, au XVI® siècle, l'afiluence des Allemands reste grande, au moins pendant les périodes où les circonstances politiques le permettaient. Nous le savons de plusieurs façons et, d'abord, directement, par les documents provenant des anciennes Universités . Les guerres civiles vidaient de temps en temps les auditoires. Mais, la tourmente passée, l'attrait était si fort que les étudiants ne tardaient pas à repa-
1. Cependant certains auteurs allemands mettent de bonne heure cette affluence d'étudiants au nombre des causes qui corrompaient Tallemand : « Lingua apud Gcrmanos sic satis pura et peregrinorum vocabulorum commixtione non fuerat turbala nsque ad tempora bellorum Iransmarinorum et torneamentorum in Gallia repertorum quibus ab iis qui artcs palacstricas ibi discebant, ubi postea ab illis etiam qui studiorum gratia Parisios adibant non pauca Galiica ad nos delata sunt •> (Stcinhausen, art. c, 351-2).
2. La Faculté de Médecine est « renommée par toute l'Europe ». Elle est fréquentée par des étudiants venus de tous les points de France, « et les Estrangers, particulièrement les Alemans, font volontiers du seiour dans la ville, ou ils ont eu addresse iusque icy à Laurens Catalan, Maislre Apothicaire de la ville, tant pour la langue Allemande dont il a cognoissancc, que pour sa correspondance à Lyon, et aux villes d* Allemagne, pour leur fournir de l'argent »» {Voy. de France^ 129).
raître. Ainsi nous possédons le registre des écoliers allemands inscrits à rUniversité d'Orléans, et il a été étudié ^ Sous François II, ils étaient 64, dont 21 nobles et 43 roturiers. Depuis 1562, dans la période delà guerre civile, le nombre s'abaisse presque à rien : 4. Ensuite, on en retrouve 13 (7 nobles, 6 roturiers), et le repeuplement est très lent. Il faut arriver jusqu'en 1570, pour que la nation se reforme. Alors elle compte 37 membres (17 nobles, 20 roturiers), retombe en 1575 à 21, en 1588 à 16, et enfin à 0. En 1594, 8 étudiants seulement ont reparu, et en 1595, ce chiffre se maintient; mais en 1599, quand le roi Henri IV vient visiter la ville, et qu'il demande au chef de la nation allemande le nombre des Allemands qui habitent Orléans, leur représentant peut répondre qu'ils sont à peu près 130. « S. M. me demanda s'ils étaient tous nobles ; je lui dis qu'il y en avait plusieurs et bien plus, des comtes et des barons ; le roi ajouta que par leur présence ils feraient beaucoup d'honneur à cette Université; et c'est ainsi qu'il nous congédia ^ »
Ces renseignements concordent tout à fait avec d'autres. J'ai fait allusion, au tome III, p. 720, à un Itinéraire allemand en France, dit de Jodocus Sincerus. Sincerus s'appelait de son vrai nom Zinzerling, et son livre fut publié en 1616, à la suite d'un consciencieux voyage qui avait duré quatre ans. L'auteur a parcouru en particulier les villes du centre de la France, et voici ce qu'il a vu. Partout les étudiants allemands foisonnent. Il y en a jusque dans les cuisines, où du reste ils ne font pas mal de causer avec « les marmitons qui tournent la roue d'Ixion » ^, car certains enfants nobles, venus à la suite des princes d'Allemagne, ont appris là le français plus rondement que ceux qui s'épuisent... à absorber la moelle de cette langue. A Orléans en particulier, les Allemands forment une nation à côté des « nations » française, picarde et normande. Si bien qu'après y avoir séjourné quelque temps, le jeune étranger fera bien d'aller dans une ville où ses compatriotes n'affluent pas en si grand nombre ^.
Saumur. — Nous avons aussi des renseignements sur l'Académie
1 . Voir Chronique historique extraite des Registres des Ecoliers allemands étudiant à VUniversité d*Orléans, par Eug. Bimbenet (Mém, de la Soc. d'Agriculture, Se. Belles-Lettres et Arts d'Orléans, 1874, 2* s., vol. 16, p. 185et8uiv.).