J. Vaillant fulen 1688, peintre de VElecteur
les artisans, des privilèges pour les manufacturiers, des charges, honneurs et dignités, pour les nobles, une organisation ecclésiastique et judiciaire française pour tous*. Une foule des malheureux qui avaient tout sacrifié à leur foi et à leur conscience, profitèrent des bonnes dispositions du prince. Si bien qu'en 1700 ils formaient 32 églises. Un recensement, contresigné par Ch . Ancillon, a compté, en 1699, treize mille huit cent quarante-sept réfugiés, encore le recenseur n'a-t-il tenu compte dans son travail que des colonies régulièrement constituées, il a laissé de côté ceux des réfugiés qui étaient dispersés, et aussi les militaires *, qui composaient cinq régiments. Si Ton ajoute, dit M. Ch. Weiss, les trois mille réfugiés qui s'étaient d'abord portés en Suisse, et qui se joignirent aux colonies du Brandebourg en cette année 1699, puis, environ deux mille de la principauté d'Orange qui arrivèrent dans les premières années du dix-huitième siècle, le nombre total ne s'élève pas à moins de vingt-cinq mille hommes ou femmes 3.
Les gouvernements de ce temps, pour des raisons économiques, favorisaient de toutes leurs forces l'immigration. Il est certain que Frédéric Guillaume pour peupler son pays, tenait à la quantité. Il est non moins certain qu'il tenait aussi à la qualité. Il n'était jamais venu en France, il est vrai, mais à la Cour d'Orange, il avait connu les Bouillon, les Turenne, l'élite de la noblesse protestante de France. Son mariage avec Louise Henriette, petite-fille de Louise de Chatillon, fille de Coligny, l'avait apparenté à cette [noblesse. Il savait ce que valaient la culture française et la langue qui en était l'oi^ane. Il ne manqua pas d'employer les talents qui lui arrivaient tout formés, et fit une large place à ceux qu'on appellerait aujourd'hui les intellectuels.
Son successeur, Frédéric, qui monta sur le trône en 1688, et devint le premier roi de Prusse, lui ressemblait fort peu. Personnel-
1. Je n'en donnerai que le préambule : « Comme les persécutions et les rigoureuses procédures qu'on exerce depuis quelque temps en France contre ceux de la reli^on réformée ont obligé plusieurs familles de sortir de ce royaume et de chercher à s'établir dans les pays étrangers, nous avons bien voulu, touchés de la juste compassion que nous devons avoir pour ceux qui souffrent pour l'Evangile et pour la purelé de la foi que nous confessons avec eux, par le présent édit, signé de notre main, offrir aux dits Français une retraite sûre et libre dans toutes les terres et provinces de notre domination, et leur déclarer en même temps de quels droits, franchises et avantages, nous prétendons les y faire jouir, pour les soulager, et pour subvenir en quelque manière aux calamités avec lesquelles la Providence divine a trouvé bon de frapper une partie si considérable de son Ëglise » (Edit de Postdam, cité par Ch. Weiss, o. c, I, 127, d'après VHisioire de Vét&blissement des Français réfugiés ea Brandebourg^ par Ch. Ancillon, p. 19).