‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 277 sur 352 · Du Maurier, Mem. Hist. HolL · texte numérisé non relu

Du Maurier, Mem. Hist. HolL

RÉSULTATS. LE FRANÇAIS ET l'eSPRIT ALLEMAND 355

invités, en mêlant hommes et femmes, elle savait mettre à sa droite le personnage qu elle voulait honorer. C'était beaucoup déjà.

Mais le plus difficile restait à faire, je veux dire de raffiner un peu et surtout de savoir causer. Les femmes avaient beau chercher à étrangler dans un corset leur torse, jusque là épanoui à Taise, et enfermer leurs pieds dans de minuscules souliers de douze écus qui du reste, tout parisiens qu'ils fussent réputés, venaient souvent de Vienne *, elles n'avaient encore attrapé ni le maintien, ni la démarche des dames du Louvre et de Versailles. Il y a un art de jouer de Téventail ou de rire dans son mouchoir de dentelle, et le pire mauvais goût est de porter sans aisance une riche toilette qui ne sied pas.

Dans la vie de cour, les plus grands personnages restaient empruntés, comme des paysans dans des costumes du dimanche. Certains princes raffinés s'en rendaient compte. Un jour que TÉlecteur Palatin voulait envoyer à la cérémonie expiatoire en l'honneur de Charles 1^, il ne sait qui déléguer et écrit son embarras à sa mère : « Le malheur, c'est que je ne puis trouver une personne de cpialité propre à cette mission. La plupart de nos gentilshommes ici, sont stupides, sots et dépourvus de bonnes manières, et n'ont de goût que pour la boisson. Il y a bien un jeune baron de Limbourg, dont la mère est une Hanau-Swargenfells, il ne doit pas être inconnu à Votre Majesté ; il a voyagé en France et en Italie, et conviendrait assez pour ime ambassade de ce genre, bien que son séjour à l'étranger ne lui ait pas enlevé son air gauche et timide ^. » Perdre cet air gauche natif, acquérir « ce dénouement et cet air libre qui n'est pas ordinaire aux étrangers » (l'expression est de Préchac), voilà ce que les gens de bonne maison s'eiForçaient plus que jamais d'apprendre à l'école des Français.

Les Allemands qui pouvaient voyager allaient chercher dans des villes françaises un complément d'éducation. Combien de tailleurs, comme le grand-père de Gœthe, Fridericus Georg Gœthe, venaient apprendre leur métier à Paris ! L'Illustre Parisienne nous montre de façon piquante, ces bons lourdauds dépaysés, même dans des familles bourgeoises. Quelques aventures les y menaçaient, on le savait en Allemagne. Il arrivait de Paris, de l'entourage même du roi, des avertissements ', presque des menaces. Rien n'y fit. La

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