‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 81 sur 352 · M"* de Montpensier, Mém., éd. Mich. et Poi · texte numérisé non relu

M"* de Montpensier, Mém., éd. Mich. et Poi

En revanche cent faits avertissent qu'il faut se tenir sur ses gardes. Lors de la même visite à Chatenois, une princesse (?) vient voir la- Reine, avec sa fille de cinq ans et une sœur. « Elles n'entendoient ni ne sa voient parler toutes trois pas un mot de françois ^ » Lors du renouvellement du traité d'alliance des Treize cantons suisses et des villes alliées avec la France, traité signé à Soleure le 24 septembre 1663, Jean Gaspard Dolfuss fut envoyé à Pai'is par la ville de Mulhouse qui, il est vrai, ne faisait pas partie de la province d'Alsace. La députation fut reçue par le roi: M. le bourgmestre Waser (de Zurich) prononça le discours. Il y avait là im interprète qui le traduisit ; le roi fit un petit discours ; personne ne le comprit^. Reçu chez le dauphin, Dolfuss lui baisa la main et arriva tout juste à lui dire : « Je su voter Amy de tuot mon coiir ^. » Bentz^ dans sa Description historique de Lauterbourg^ va jusqu'à affirmer qu'il ne se trouva, de 1680 à 1720, qu'un seul Lauterboui^eois sachant le français'*.

Voilà, semble-t-il, des rapports bien contradictoires. Je suis persuadé que nous aurions beaucoup de ces oppositions, si nous possédions plus de documents. Que valent en effet quelques rares indications pour un pays qui, en 1701, comptait 56 villes, 911 bourgs,, villages ou hameaux, 45 979 feux, 235 000 âmes ? Or, rien n'autorise à affirmer qu'à Ribeauvillé les progrès aient été ce qu'ils étaient à Schlettstadt ou à Saverne, précisément parce qu'il n'y avait pas là de mouvement dirigé par une volonté supérieure et uniformément réglé. Tout était laissé aux initiatives individuelles et aux actions locales d'autorités qui n'avaient point l'idée de contraindre ni même de solliciter la population, et s'en remettaient aux volontés particulières et à la conscience que chacun pouvait avoir de ses intérêts et de ses besoins.

Il importe d'ajouter qu'il dut y avoir des reculs ou au moins des arrêts. La persécution des protestants, de 1683 à 1688, quoiqu'elle ne fût pas en Alsace ce qu'elle a été dans les autres provinces, fit certainement grand tort à la cause française. Pour ne citer qu'un fait à l'appui de cette idée, toute possibilité d'habiter en

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