‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 89 sur 352 · Rép, des Let., nov. 1685, Baylc, Œuv.y 1, il · texte numérisé non relu

Rép, des Let., nov. 1685, Baylc, Œuv.y 1, il

il n'est point rare d'y trouver des gens qui parlent François, et qui écrivent en François aussi purement que les François mêmes. » La-, politique n'y est pour rien. « G>mbien y a-t-il de villes, d'ailleiu's très-souvent en guerre avec la France, dans lesquelles non seulment tout ce qu'il y a de distingué dans l'un et l'autre sexe parle Prançois, mais aiissi plusieurs personnes parmy le peuple? » Au •contraire la langue française sert souvent à déjouer les combinaisons de la politique 'française et à combattre Tiniluence de la France. « Veut-on qu'un libelle coure bien le monde ? Aussi-tôt on le traduit en François, lors même que Toriginal en est Latin : tant il est vray que le Latin n'est pas si commun en Europe aujourd'huy que la langue Françoise. »

Les derniers mots de cette phrasé montrent que Baylé pénètre jusqu'au fond dé la question. Il voit où en est la lutte. Il ne s'agit point de triompher de l'une ou l'autre des langues modernes, il s'agit de renverser la vieille idole, de prendre sa place à la langue latine, de devenir ce qu'elle a été longtemps : l'instrument de la culture humaine. « Tout le monde veut sçavoir parler François, constate Bayle, on regarde cela comme une preuve de bonne éducation : on s'étonne de l'entêtement qu'on a pour cette Langue, et cependant on n'en revient point ; il y a telle Ville où pour une Ecole Latine, on en peut bien conter dix ou douze de Françoises ; on traduit par tout lés Ouvrages des Anciens, et les Sçavans commencent à craindre que le Latin ne soit chassé de son ancienne possession. Il est déjà si négligé, en Italie, en Espagne, et en France (comme l'a reconnu l'Abbé d'Anet dans la Préface de son premier Dictionnaire) que si le Nord, qui a ruiné autrefois l'éloquence de l'ancienne Rome, ne tient bon, c'en est fait. Il y a grande apparence que les Peuples, qui ont fait le plus de mal au Langage de l'ancienne Rome, lui seront les plus fidèles à l'avenir, sans avoir égard aux raisons par lesquelles M. Charpentier s'efforce de faire voir qu*il faudroit enseigner les Sciences en Langue vulgaire * . »

Contrôle par les faits. — Quand on cherche à contrôler ces dires par les faits, on ne tarde pas à en trouver de toute sorte, et qui concordent : établissement de cours et d'écoles françaises un peu partout, correspondances françaises échangées entre étrangers, création hors de France d'une presse internationale en français,

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