‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 101 sur 595 · CHAPITRE II CALVIN ET SON ÉGLISE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II CALVIN ET SON ÉGLISE

La Rome huguenote. — Ce fut un événement d'une portée immense que l'établissement de Calvin et de son Eglise à Genève, soit qu'on en considère les résultats immédiats, soit qu'on en regarde les conséquences lointaines'.

J'ai déjà eu l'occasion de marquer dans cette histoire le rôle de Calvin". S'il a si délibérément employé et fait employer le frauçais comme langue religieuse, ce n'est pas seulement parce qu'il était Français, c'est qu'il mesura dès l'abord, avec une profondeur de jugement étonnante, quelle force allait donner à la Réforme pareil organe, pour son enseignement, sa prédication, sa polémique. De toutes les langues modernes, étant donné que l'espagnol et l'italien étaient exclus, c'était la seule qui fût apte à jouer un rôle international, et à entrer en concurrence avec le latin répudié.

Le français avait pour lui la supériorité de la culture. Bonivard l'a dit dès l'époque : « Despuis le règne du feu roy Francoys, par son bénéfice non seullement IHebrieu, le Grec et le Latin hont eu entrée et cours en France, mais aourne [orné] la lengue Françoyse de leurz acoustrementz, en sorte que non seullement les gentz de plume, mais ceux despee et les princes mesmes parlent aussy persuasifuement en leur lengue que Demosthenes et Ciceron faisoient chascun en la sienne », et il en donne pour témoins « les apologies du feu empereur Charles contre le roy Francoys et de Francoys contre luy, les harengues... que hont faictes, en Francoys, Guise contre Conde et Conde contre Guise, et tant dautres » ^

Toutefois la langue administrative du pays restait la langue locale et Scaliger raconte que, de son temps (1574), « celui-là eût payé l'amende qui eût parlé françois au Sénat ». On discutait en savoyard *.

4. Voir E. Domergue, Calvin, Les hommes el les choses de son temps, Lausanne, Bridel, 4902, ln-4°.

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