‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 102 sur 595 · Verhœven, Note, f" 1, v · texte numérisé non relu

Verhœven, Note, f" 1, v

Depuis 1541, Calvin régna à Genève, non sans conteste, on le sait. La théocratie qu'il instaura, tyrannie qui pesait non seulement sur les croyances et les mœurs, mais sur la vie, les plaisirs, les propos même, ne pouvait pas être du goût de tout le monde. Pour prolester, les récalcitrants se sont servis du parler du cru. Le 27 juin 1S47, un placard était affiché contre la chaire même d'où tonnaient Calvin et ses suppôts. Il était en patois : « Gro pansar, te et to compagnon gagneria miot de vot queysim » (Gros pansard, loi et tes compagnons, gagneriez davantage à vous tenir cois)'. Ou bien les auteurs n'en savaient pas plus, ou bien ils pensaient avoir plus de prise sur la foule en lui parlant son langage.

Mais si facéties et invectives pouvaient avoir du retentissement sous cette forme rustique dans Genève et sa banlieue, ce n'est pas en parler rustique que la grande bataille pouvait se livrer ni en France ni en Europe. Laissons de côté les pays où seul le lalin pouvait porter la doctrine, comme la Hongrie ; Genève étant devenue par Calvin et grâce à lui la capitale non seulement religieuse, mais intellectuelle de la France protestante, elle était vouée au français. La plupart des hommes marquants qui s'y établirent venaient de France, comme Théodore de Bèze ou d'Aubigné", et il faut joindre à ces émigrés une foule de pèlerins passionnés, tels que Marot, Henri Estiene, Ramus, François Hotman, Joseph Scaliger, etc., tous personnages qui comptaient.

L'Académie. — Si on consulte le Livre du Recteur \ catalogue des étudiants de l'Académie de Genève, on est frappé du nombre considérable d'étudiants d'origine française qui venaient s'inscrire et s'instruire. Beaucoup de ces étudiants sont devenus sinon des hommes illustres, du moins des hommes connus : Florent Chrestien, le précepteur d'Henri IV, Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde, trop négligé en France, Lambert Daneau, et bien d'autres. Au moment de la mort de Calvin, l'école comptait 1200 élèves dans les classes et 300 étudiants dans les cours supérieurs. Deux ans après le total atteignit 2 000.

Je veux bien que cette Académie était latine, ainsi que toutes les écoles du temps. Du moins dans les petites classes, les enfants

1. Voir Jeanjaquel, Deux anciens Textes en patois fjenevois, pp. 9 et suiv.

2. Voir Th. Royer, Théod. A<jrippa d'Aubigné à Genève, ot surtout Garnior, Agr. d'Aubigné, t. III, p. 89. On trouvera dans lu Dictionnaire lii.st. et biogr. de la Suisse d'autres noms de gens qui ont écrit en français : Froment, Marie Dentière, Jeanne de Jussy.

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