CHAPITRE III LE XVir SIÈCLE
Imprégnation progressive. — Il n'y avait dans les Cantons et chez leurs alliés ni Cour royale, ni Cour princière ou même ducale; néanmoins la démocratie helvétique n'était nullement égalitaire; elle comportait même des différences de classes assez marquées. Comme partout, ce furent les classes élevées qui donnèrent le ton. Les goûts et les mœurs se modifièrent sous l'influence française, en Suisse aussi bien qu'ailleurs.
Ce fut la cage qui changea d'abord, et ensuite les oiseaux. La maison, voire le château à l'instar de Paris et de Versailles, remplaça la vieille maison suisse, et force fut bien, sous peine de choquantes disparates, d'en meubler et garnir l'intérieur à la française '.
La société qui vivait ou se réunissait dans ces demeures y paradait, y jouait, s'y amusait ou s'y ennuyait, était pour ainsi dire condamnée à suivre les modes, les usages, les manies même de nos salons et de nos cercles. « A Genève, dit Locatelli, qui a traversé la ville pour faire son voyage de France, les dames sont fort belles et fort aimables; par les habits, le langage, et les manières, elles ne diffèrent nullement des Françaises » ".
Qu'on retardât un peu sur Paris, la chose se conçoit; elle était fréquente, même dans nos provinces. Gaullieur" en a donné des preuves piquantes, en particulier des vers d'un épithalame de 1672, qui, au style, paraissent plutôt contemporains de Desportes :
Epoux qui en toute liesse Vas des amours de ta maîtresse Recueillir les doux fruits, Qui des douceurs de l'hyménée A séréné cette journée, etc.
i. « Sons l'influence française Fart suisse fait place à l'art français, on bâtit comme on le fait à Paris et à Versailles; l'architecture de Maiisard tend à faire école chez nous...
Ainsi Lullin, désirant se construire une maison de campagne à Genthod s'adresse à l'architecte Blondel à Paris, pour le plan et les détails de la construction » (Vullicty, La Suisse à travers les Ayes, pp. 412-418).