‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 120 sur 595 · CHAPITRE YI L'ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI L'ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS

Centres d'éducation froçaise. — D'où venaient les précepteurs ? De France, mais aussi de Suisse romande. A la fin du xviu* siècle, remarque avec raison Reynold, l'influence romande est aussi forte en Suisse que l'influence française proprement dite^

Qu'on considère les grands écrivains des cantons allemands : Bodmer apprend le français à Genève ; c'est à Genève que se francise Jean de Muller ; le poète Salis-Seewis a passé par Lausanne avant d'entrer comme olFicier au régiment des gardes.

Antoine Court avait fondé l'Ecole des pasteurs du Désert, destinée à fournir des pasteurs à la France". Rien n'interdisait aux Suisses de s'inscrire parmi les étudiants, et il est à présumer que sur place l'homme éminent qui fut si longtemps le soutien et l'inspirateur du clergé réformé de France, avec lequel toute l'Europe protestante correspondait, exerça dans les milieux protestants lausannois l'autorité que méritait son caractère ^

Le doyen Polier de Bottens, Bugnon, Secretan, Chavannes consacraient leurs soins à ces jeunes gens, languedociens pour la plupart, qui allaient être les prêtres d'une population menacée et traquée.

Ce séminaire ne pouvait en Suisse même faire du bruit et attirer l'attention. Son influence n'en fut pas moins réelle*.

L'Académie achevait de se franciser, Pierre de Crouzas, nous l'avons vu, faisait en français son cours de philosophie. « C'était, dit Godet, un philosophe éclectique, écrivain fécond, polémiste, contradicteur de Bayle, de Wolff et de Leibnity, mathématicien, prédicateur et esthéticien ». En 1720, l'Académie des Sciences couronna son Essai sur le mouvement. Il avait débuté en 1700 comme professeur ; son cours de logique, quil faisait en français

1. L'Hist. de la littérature française clans les pays de langue française. Revue internationale de rEnseignemcnl, 15 janv. 1914, p. 'A-ii ; cf. Mél. Lanson, p. 499.

"1. C'est à Lausanne que fut élevé son iils Court de Gébelin, l'auteur érudit du Monde primitif et le défenseur persévérant de ses coreligionnaires, cf. Ph. Godet, o. c, p. 181-18-2.

3. Schickler a fait transcrire pour la Bibliothèque de la Société d'Histoire du protestantisme français V'immcnse collection de lettres reçues par A. Court. Je l'ai feuilletée : elle mériterait d'être publiée intégralement.

4. Le séminaire ne fut dissous qu'en 181"2. Voir Gaullieur, o. c. p. 96-97.

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