L'ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS
et où il rompait avec l'aristotélisme régnant, fut à ce double point de vue une heureuse innovation. Il était en correspondance active avec Jean-Baptiste Rousseau, alors en exil à Soleure, et qui signalait volontiers dans le style de son ami vaudois les expressions locales qui le déparaient à ses yeux'.
Nous avons sur l'attrait exercé par ce maître divers témoignages. Je citerai d'abord celui de Sinner : La commodité de faire ses études dans une ville agréable [Lausanne], où l'on parle une langue qui semble chaque jour étendre son empire, ne pouvait manquer d'y attirer un grand nombre d'étrangers. On a vu successivement les fils de plusieurs grands princes d^Vllemagné y recevoir leur première éducation^ Et l'auteur rappelle le souvenir du margrave de Bade. Des hôtes comme celui-là trouvaient dans l'enseignement de Crouzas
en même temps que des leçons de philosophie l'occasion de s'exercer au maniement du français.
A Xeuchàtel, un nouveau plan d'études à l'usage du Collège fut proposé ; il comprenait deux sections, dont l'une, toute française, comportait l'étude détaillée de la langue : principes, orthographe et style ^. L'auteur de ce programme, qui devançait son époque, ajoutait : « Il restera aussi bien des heures libres aux Régents pour faire leurs propres affaires et pour donner en ville des leçons de grammaire française à nos jeunes Demoiselles, chez qui je croirois très-sage et très-convenable d'introduire cette Etude, pour cultiver leur esprit, et leur apprendre à parler et à écrire plus correctement qu'elles ne font communément » '*.
Aux FRONTIÈRES. — A Porreutruy, comme le rappelleront des documents de l'époque révolutionnaire, il y avait aussi un collège où, quoiqu'on y insistât surtout sur le latin, les professeurs expliquaient en français et en allemand les chefs-d'œuvre de l'antiquité, de sorte qu' a au sortir du collège ces deux langues étaient familières aux élèves. Cette facilité d'apprendre sans peine et pour ainsi dire sans s'en appercevoir, avec le Latin, les deux Langues les plus usitées dans nos contrées et chez nos voisins, ajoute-t-on, était