Encyclopédie, t. VII, nov. IT.oT
obtint du roi de Sardaigne l'expulsion des comédiens installés à Carouge'.
C'est en 1766 seulement que M. de Beauteville, résident de France, demanda le rétablissement de la comédie dans la ville, en prétendant que cela a réjouirait fort les plénipotentiaires de Zurich et de Berne » -. Le spectacle fut réorganisé par Rosimond, qui amena de Lyon une troupe d'une cinquantaine de personnes, acteurs, danseurs et musiciens^.
Sa présence dut soulever des protestations, puisque le 31 janvier 1767, alors que les routes étaient probablement impraticables, on l'invita à se retirer «dès que la rigueur du froid sera passée»^; pourtant il joue encore Les Scythes en mars et Olympie en juillet. Une actrice qui restitue le texte intégral, mutilé par M"'' Clairon, fait courir toute la ville six jours de suite ^. Rosimond est autorisé à rester pendant l'hiver 1767-1768; de Ferney, La Harpe annonce le 30 novembre à Lekain qu'on va jouer son Warwick : la troupe, dit-il, fait des merveilles « et les Genevois, tout en grondant, ne laissent pas de porter leur argent à la comédie » ".
Mais deux mois plus tard le théâtre, — une baraque en planches couvertes d'un crépi de plâtre, — est détruit par un incendie. Le résident de France — et Voltaire, cela va sans dire — imputent cette catastrophe à la malveillance fanatique des « représentants » '.
Les représentations clandestines reprirent de plus belle : le Conseil les blâma derechef, sans plus de succès du reste, le 17 janvier 1772 et le 27 avril 1774. En juillet 1772 on a même osé
4. \ oir Anecdotes Dramatiques, p. 333 : « Celte même pièce [La Femme qui a raison, comédie en trois actes de Voltaire, 4760J, après avoir été jouée à Lunéville, fut jouée à Carouge. Des comédiens français y avaient bàli un petit théâtre et y faisaient très bien leurs affaires. Les citoyens de Genève y allaient en foule. Mais les magistrats, craignant que ce spectacle n'introduisît le luxe et l'oisiveté dans leur république, ont prié le roi de Sardaigne de défendre aux comédiens de continuer leurs représentations, ce que le prince leur a accordé «. Celte fermeture serait donc postérieure à 1760 ; il est probable que c'est encore à Carouge, et non à Genève même, que se rendait la troupe à laquelle Favarl fait allusion dans une lettre du 3 août 1761 : « La petite Everard... est engagée dans la troupe qui va à Genève «.