Gaullieur, o. c, p
sur l'histoire universelle et aussi dans l'ébauche de son grand travail historique : Essais historiques '. Il s'était épris de Rousseau, dont il se détourna ensuite, et de Voltaire. Mais ce sont surtout les grands ouvrages de Montesquieu qui étaient ses livres de chevet '.
Zurich peut mettre en avant quelques hommes: Jacob Meister et Bodmer \ Ce dernier, dont nous aurons plus loin à étudier le rôle, savait et écrivait le français. S'il le maniait de façon un peu gauche, il le possédait assez bien cependant pour s'apercevoir de ses défauts, et s'excuser, comme il l'a fait en envoyant des vers français à Seigneux\ Sulzer, professeur parla grâce de Frédéric II, savait, lui, le français aussi bien que l'allemand.
A Bâle on était bien près et de l'Alsace et de la France. Des manuels y avaient paru de bonne heure ^
Besenval, né à Soleure, était devenu un vrai Français.
En somme la Suisse entière, moins les cantons tout à fait ruraux, faisait partie de l'Europe française. Parmi les hommes de pensée qui ont compté chez elle, je ne vois guère que Lavater qui se soit trouvé empêché de s'exprimer autrement qu'en allemande La plupart, comme Euler^ suivaient le mouvement général.
Dans le public. — Si tant de Suisses alémaniques écrivirent en français, c'était, il faut bien le dire, pour profiter de l'universalité de la langue et s'assurer l'avantage d'être lus un peu partout. Mais ils ne s'y fussent pas décidés, s'ils n'avaient pas su qu'il existait autour d'eux et dans le pays même un public capable de les comprendre.
En effet dans les hautes classes, beaucoup de Suisses alémaniques distingués lisaient et parlaient le français. Nous en avons de nombreux témoignages, en particulier celui de J.-B. Rousseau. A Soleure, il avait cru « se trouver en terre française ». A Zurich même, il se sentait à peine dépaysé, disait-il, et ceci étonne ^. On
•1. Berlin, 1781. Cf. Sayous, o. c, t. II, p. 150.