Voir Reynold, Bodrner, p
i. Virg. Rôssel, Hist. des relat. liU. entre Fr. et Allem., p. 397.
5. Par exemple lorsqu'il voulut dépeindre les fatigues du botaniste. De plus, on a découvert qu'un livre qui avait paru en 17.H0, sous le titre d'Essais politiques, était de Haller (voir Ghavannes, Biogr. d'Albert de Haller. pp. "21-30, 75, 79).
G. Casanova se vante d'avoir reçu de lui -li lettres en français (Méin., t. IV, p. 187).
EX SUISSE ALÉMANIQUE 175
langues mortes est certainement la latine, car la grecque et l'arabe sont loin de s'adapter comme elle au génie des peuples modernes » '. Mais, comme on le voit, il ne s'agit là que de comparer les langues mortes ; le français n'est pas en cause.
Ce qui me parait très caractéristique, c'est que, quand il s'agissait d'adresser à sa femme, Marianne, des vers d'amour, Haller employait le français ; mais, lorsqu'il la perdit, l'allemand seul lui sembla pouvoir exprimer la tristesse de son âme en deuil ^.
Cependant la légende conte qu'au moment où il allait mourir, en physiologiste qu'il était, il observait avec sang-froid les progrès de la maladie qui allait l'emporter. Quelques instants avant de rendre le dernier soupir, il dit, en français, et en se tâtant le pouls : il bat, il bat, il bat. Sa dernière parole fut : plus, au moment où la pulsation devenait imperceptible. Et pourtant l'allemand était la langue maternelle de ce Bernois.
Je ne parlerai pas ici de Ch. Victor de Bonstetten, infiniment plus français que suisse ; il appartient plutôt à l'époque révolutionnaire, quoiqu'il ait débuté, non sans éclat, en 1781, par ses Lettres pastorales sur une contrée de la Suisse, aussitôt traduites en allemand.
Il faudrait, avant de clore la liste des Bernois, mentionner aussi les médiocres, tels que l'écrivain politique et militaire de Weiss ou le poète du mal Salchli. Quand il s'agit de dénombrer les fidèles que le français s'était acquis, les derniers n'ont-ils pas le droit de faire nombre?^ Somme toute, Berne servait de gare de transit: Emm. de Tscharner y traduisait en prose les vers de Haller ; Salchli, à son tour, les mettait en mauvais vers, à l'usage des lecteurs romands ^.
Si dans le reste du pays les hommes de marque sont moins nombreux, il faut noter cependant que, dans toute la Confédération, des poètes ou des prosateurs, des savants et des littérateurs, dont la langue allemande était la langue maternelle, se servent alors du français à l'occasion : le journaliste Balthassar, qui était de Lucerne % l'historien Jean de Muller, né à Schaflouse, dont nous aurons à reparler plusieurs fois dans cette Histoire. C'est à Genève, où il vint en 1774, qu'il acheva d'apprendre le français. Il l'acquit avec assez de sûreté pour l'employer dans le cours qu'il professa
l. Mém., t. IV, p. 184.
"2. Voir Reynold, Bodmer, p. 5o4-3oD.
3. Les Mémoires de la Société économique de Berne parurent en français et en allemand régulièrement jusqu'en 177"2 (à partir de 1760) (Gaullieur, o. c, p. 110).