Gaullieur, Hist. litt. de la S. fr., p
EN SUISSE ALÉMANIQUE 177
peut comparer pour Berne ce que dit Sinner de Ballaigues \ « Le langage s'y faisait français tant qu'il pouvait », confirme Bonstetten dans ses Sonçe/iirs.
Pour Fribourg, Zimmerli cite Faesi, qui rapporte en propres termes que « les personnes qui veulent être au-dessus du commun, particulièrement les jeunes filles, parlent français ou patois », un français qui manque du reste de perfection et de beauté". Haller, de son côté, a déclaré que l'allemand était, « dans sa patrie, parlé plus mal et plus rarement que le français lui-même » ^.
Cambry, dans ses Voyages, s'est montré surpris d'avoir trouvé sa langue si répandue : « Comment, lui dis-je, dans un lieu si reculé [hermitage de Soleure], si loin des grandes villes, avez-vous appris le franoois assez parfaitement pour posséder jusqu'aux finesses de notre langue ? — Vous me flattez, je ne la parlerai jamais bien, mais je crois l'entendre comme l'allemand. — Quels sont les livres que vous lisez le plus communément ? — Gessner, Rabner, Télémaque, Chaulieu, Clarisse, les Contes de Marmontel, Arnaud et surtout le Voyage sentimental » ^.
1. On parle généralement français dans la bonne compagnie. La province du pays de Vaud et la colonie française ont principalement contribué à rendre cette langue familière. La langue maternelle des Bernois est une espèce de vieux, allemand très dilRcile à comprendre. Le caractère de ce dialecte est d'être précis et de contenir un grand nombre d'élisions et de monosyllabes (Berne au XVIIl'' , Revue Suisse, 18.^3,
Cf. Le peuple, répondit Sinner [à Berne], y parle une espèce d'allemand assez grossier, qui offre de nombreuses analogies avec l'anglais [c'était une de ses thèses favorites]. Mais, nous autres patriciens, nous parlons de préférence le français, et ... nous écrivons en français (Conversation de l'abbé Ravnal avec Sinner, préface de Berne au AI77^. Revue Suisse, p. 48).
"2. P'aesi, Beschreibung der Helvetischen Eidgennossenschaft. dans D' Zimmerli, o. c, t. II, p. 81.
o. Reynold, Bodmer, p. o8"2.
4. Voy. en Suisse et en Italie, t. I, p. "259 (28 août 1788).
Histoire de la langue française. VIII.