‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 139 sur 595 · CHAPITRE X IMMOBILITÉ DE LA FRONTIÈRE LINGUISTIQUE DES DEUX LANGUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE X IMMOBILITÉ DE LA FRONTIÈRE LINGUISTIQUE DES DEUX LANGUES

Il est à peine besoin d'ajouter que ce qui précède ne doit induire personne à croire que le territoire de la Suisse alémanique se rétrécît ou même menaçât de se rétrécir. Le patois allemand indigène ne perdit ni une ville ni peut-être un village. Les influences qui s'exerçaient ne sont pas de celles qui font varier notablement les limites linguistiques, et ceux qui ont observé les tracés successifs de la ligne de démarcation n'y ont noté à peu près aucune variation appréciable à cette époque '. On trouve seulement dans les savantes recherches de Zimmerli la preuve que quelques localités ont été perdues pour le français, par exemple Gléresse (Ligerz) ^.

Naturellement toutes sortes de causes locales agissaient en un sens ou en l'autre sur les divers points. Nous avons déjà parlé de Soleure. Bàle était près de la frontière, Mulhouse environnée de pays d'Alsace où le français faisait lentement sa trouée ; Neuchâtel, principauté prussienne, subissait le contre-coup des événements de Berlin ; ils étaient favorables au français. Des Prussiens qui V venaient apprenaient cette langue. Bienne en était trop près, nous dit-on, pour ne pas être influencée ^ Ce n'est aucunement sûr. La métropole vers laquelle elle gravitait était Berne.

En revanche Zurich avait fort peu de relations avec la pensée française. Là, c'était surtout dans le monde du travail manuel que les ouvriers français, embauchés en assez grand nombre, purent exercer une petite action ^.

Je donnerai du reste dans un volume ultérieur le tracé, un peu

1. Voir sur toute Thistoirc de la répartition des langues en Suisse la Bibliographie analytique de J. Jcanjaquet : L'extension du français et la question des langues en Suisse, Neuchàtcl, 1910, in-S».

2. Un vieillard, né en 181 "2, racontait que ses parents parlaient encore patois romand ; lui comprenait les montagnards, mais n'était plus en mesure de leur répondre. Il montrait le livre de raison de son arrière-grand-père, qui, de 1727 à 1760, était entièrement en français (p. 46). D'autres renseignements concernant les papiers ecclésiastiques ou laïques se trouvent p. 4o

3. « La langue du pays est un allemand provincial, mais eu égard à la proximité de la principauté de Neuchâtel, on y parle aussi un patois français » (William Cote, Voyage en Suisse, t. II, p. 310).

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