Werken van het Hist. Gen
6. Comparer, pour l'analogie, Brun, Recherches sur l'introduction du français dans les provinces du Midi, p. 471 et ailleurs.
veux lire de hollandais... Les dames de l'aristocratie, ainsi que leurs imitatrices, auraient honte de comprendre leur langue maternelle. Ce qu'elles en savent, elles l'ont appris de leurs bonnes et de leurs femmes de chambre. Et, si elles veulent la parler, elles y mêlent tant d'expressions et de mots français que, pour les comprendre, il faut qu'on soit passablement au courant de la langue française )> '. Et voici, pour confirmer ce que nous apprend van Effen, deux détails curieux. Un des familiers de Guillaume IV, gentilhomme frison, 0. Z. van Haren, dans une note à un vers de son poème De Geuzen (VI, 86), raconte à propos d'un projet tendant à débarrasser le hollandais des nombreux mots empruntés au français qu'on avait présenté au stadhouder (voyez plus haut), qu'il le discutait avec ses courtisans, et que « parmi eux il y en avait quelques-uns qui comprenaient le hollandais ». La poétesse de Lannoy, adressant un poème au comte de Byland, le loue de savoir le hollandais suffisamment pour pouvoir lire des vers en cette langue^. Même en faisant, dans ces phrases, la part de la plaisanterie et de l'exagération, elles n'en restent pas moins typiques.
On a souvent produit, pour prouver l'intensité de la culture française en Hollande, la personne et l'œuvre d'une femme très remarquable, qui a occupé une place honorable dans la littérature française, Isabelle van Tuyll van Serooskerken van Zuylen, et qui a épousé un Suisse, ancien précepteur de ses frères, M. de Charriore. Mais cette personne éminente est trop étrangère au milieu où elle a grandi, pour qu'elle puisse être considérée comme une représentante du peuple des Pays-Bas au xviii^ siècle. On peut se demander, il est vrai, si, pour que ce talent pût éclore et pousser si
'1. Cité par J. J. B. Elzinga, Les mots français et les gall., p. "20. "2. Voici ces vers :
Ja, Byland, wijl gij 't zegt, geloof ik inderdaad
Dat gij mijn vcrzen achl en Nederdiiits verstaat.
Ik weet gij zijt oprecht, maar zull gij 't mij vergeven ?
Ik liad ons goed Bataafsch die cer niet tocgeschreven.
Hoc kon zo vrecnad een smaak ook vallen in Uw gecst ?
Een graaf 1 Een heer van 't hof, die Holland's verzcn leest !
Dat Nocrduitsch, naar mij dunkt, mochl zich gelukkig schatlcn,
Indien gy 't zonder moeite in proza kondt bevatten ;
Maar 't zelfs van woord tôt woord in verzen te verstaan,
Kan waarlijk met Uw rang bijkans niet samengaan.
(Oui, Byland, puisque vous le dites, je crois en effet que vous estimez mes vers et comprenez le hollandais. Je sais que vous êtes sincère, mais me le pardonnerez-vous ? Je n'avais pas jugé notre bonne langue balave digne de cet honneur. Quel goût étrange vous avez ! Un comte, un seigneur de la Cour, qui lit des vers hollandais ! Ce Hollandais aurait dt'jà pu s'estimer heureux, si vous l'aviez compris en prose ; mais de le comprendre mol pour mol en vers, vraiment, cola ne s'accorde presque pas avec votre rang).
LA DIFFUSION DE LA LANGUE i93
loin dans le sens où il s'est développé, il n'a pas fallu qu'il trouvât un sol propice; en d'autres termes, M'"*^ de Charriera aurait-elle pu devenir le grand auteur qu'elle a été si, dans la ville d'Utrecht et au château de Zuylen, où elle a habité jusqu'à l'âge de trente ans, elle n'avait pas vécu au milieu d'une société imprégnée de culture française ? Sayous dit à propos d'elle : « Tel est le français qu'écrivait à Utrecht, en 1770, une jeune femme douée, il est vrai, à un degré bien rare des grâces de l'imagination et de l'esprit; mais on n'écrit point ainsi dans une langue que l'on ne parle et n'entend pas tous les jours avec distinction et élégance » '. A vrai dire, il est peu probable qu'à la maison, avec ses parents et ses frères et sœurs, la jeune fille ait parlé français. Ce qui est certain, c'est qu'avant l'âge de dix ans elle avait déjà fait un séjour assez prolongé à Genève, où elle fréquentait l'école, et qu'elle avait une gouvernante suisse, avec qui, en regagnant la Hollande, elle eut la joie de traverser Paris". Ce qui est certain aussi, c'est que, dès l'âge de quatorze à quinze ans, cette infatigable écriveuse commence à correspondre en français. Dans une lettre, écrite à cinquante ans, elle parle d'un livre sur l'histoire de la Hollande, qu'elle lisait — citons ses paroles — « dans la langue de mon pays, que j'avais oubliée à Genève et que je n'ai jamais bien rapprise ». Elle avoue ailleurs un sentiment — ou une absence de sentiment — bien rare. « C'est en vérité une chose étonnante, dit-elle, que je m'appelle Hollandaise et Tuyll » et « je n'aime point mon pays ». Ne croyons pas pour cela qu'elle se considérât comme une Française. « Vous vivez avec les Français, écrit-elle à un ami, il est heureux que vous les aimiez. Je les connais à peine, je ne vivrai apparemment jamais parmi eux, il est égal que je ne les aime pas beaucoup. J'aimerais certainement les gens supérieurs en France, peut-être plus que des gens d'un mérite égal de tout autre pays, parce qu'ils sont plus communicatifs. Mais cette même pente communicative m'impatiente chez les gens d'un mérite médiocre » ^ Et ailleurs : « Je répondis un jour à quelqu'un qui trouvait que ce n'était pas vivre que de vivre en Hollande, et qu'il n'y avait de plaisir ni de bonheur qu'en France, qu'il devait donc savoir bien mauvais gré à nos pères d'avoir défendu ce pays contre Louis XIV » ^.
i. Le dix-huitieme siècle à l'élrawjer, t. II, p. 405.
2. Nous sommes excellemment renseignés sur tout ce qui concerne M"'^ de Charriera par le beau livre de Ph. Godet, Madame de Charrière et ses amis.