‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 161 sur 595 · Cf. ci-dessous · texte numérisé non relu

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8. Ce n'est qu'en 1783 qu'on y vit venir le régiment de Maillebois.

Il serait intéressant de savoir s'il est venu isolément des militaires de France ; seules des recherches aux Archives des Affaires Étrangères de France puuriaieut peut-être fournir des renseignements sur ce point. Les « Registres des commissions du Conseil d'État » du XVIII* siècle, conservés aux Archives nationales de La Haye, donnent des noms français, mais surtout au début du siècle ; ils deviennent beaucoup moins nombreux dans la seconde moitié. Or, on ne sait si les ofliciers qui les portaient venaientde France ou non. Il a dû y avoir beaucoup de Suisses parmi ces gens de noms français ; citons-en un au moins. Constant de Rebecque, le père de Benjamin Constant; il était, on le sait, colonel au service des Provinces-Unies.

i) Diplomates. A La Haye les ambassades étrangères — non pas seulement celle de France — amenaient parmi leur nombreux personnel une certaine quantité de personnes qui se servaient du français dans la vie quotidienne. Leur action n'a dû s'exercer que dans des milieux restreints.

y) Reste à faire leur place aux voyageurs ' ; il y en a eu d'illustres, mais peu nombreux, et leur séjour a, en général, été de courte durée. D'après M. Murris -, une cinquantaine de visiteurs ont écrit des souvenirs de leur voyage.

Voltaire est venu cinq fois, en 1713, 1722, 1736, 1740 et 1743^ Malgré ses démêlés avec les éditeurs et tout en médisant des habitants, il semble avoir goûté la vie de La Haye. A Leyde, il a suivi les cours du célèbre physicien 's Gravezande, et Amsterdam lui plaisait parce qu'on n'y voit personne « qui ait de cour à faire », et qu'on n'y connaît que le travail et la modestie, tandis qu'à La Haye règne u plus de magnificence et plus de société par le concours des ambassadeurs ». Montesquieu, en 1729, passa une vingtaine de jours en Hollande, et revint en 1748, afin d'y suivre l'impression de L'Esprit des Lois. Il n'est pas doux pour les Hollandais : « Tout ce qu'on m'avait dit de l'avarice, de la friponnerie, de l'escroquerie des Hollandais n'est point fardé » ^, et « Le caractère des Hollandais

i. On comprendra que, s'il est déjà difficile de déterminer cxaclement le nombre des Français qui, au xviii'= siècle, sont venus s'établir ici, et dont le nom nous est parvenu, il est impossible d'obtenir des précisions sur l'apport anonyme de la France dans le commerce et les métiers. On parle souvent des coiffeurs et des maîtres de danse français. A en juger d'après ce que nous apprennent les groupes de personnages plus importants, il est probable que les Français du petit peuple appartenaient surtout à des familles de Réfugiés.

'1. La Hollande el les Hollandais au XVH" el au XVHI' siècle, déjà cité.

3. C. A. van Sypestcin, Holland in vroe<jere tijden, pp. 2'21 et suiv. ; Id., Voltaire, Sainl-Gennain, Caglioslro, Mirabeau in Nederkmd ; P. Valkboff et J. Fransen, Voltaire en Hollande (Revue de Hollande, 1917); P. Valkboll', Voltaire en Hollande (Le Monde nouveau, 1920).

•i. Voyage en Hollande, dans Voyages de Montesquieu, p. p. le Baron Albert de Montesquieu (Paris-Bordeaux, 189G), t. II, p. 'i'il.

est qu'il faut beaucoup de temps pour les mouvoir et leur faire sentir qu'ils sont en péril. Mais, quand vous leur avez mis cela dans la tête, vous ne pouvez pas le leur ôter, même après le péril passé... Ce sont des cerveaux qui ne se meuvent que par de grands coups et ne voyent qu'à force de clarté » '. L'abbé Prévost, ayant quitté son couvent, s'enfuit en Angleterre et en Hollande, où il mena joyeuse vie et publia Manon Lescaut (1731). L'abbé Raynal resta longtemps à La Haye, en 1748, et y écrivit son pamphlet contre les princes d'Orange, L'Histoire du stadhoudérat. Le Voyage en Hollande de Diderot (1774) contient quelques obsei'vations sur les Hollandais^. Le philosophe était déjà venu en 1773, allant à Saint- Pétersbourg, et il avait été l'hôte du prince de Galitzin, ambassadeur de Russie à La Haye, mari de la grande amie de Hemsterhuis, qu'il rencontra chez elle \ M""^ de Charrière nous dit : « J'ai vu Diderot plusieurs fois à La Haye, chez M. le prince de Galitzin. H ne pleurait pas quand je le questionnais sur Rousseau, mais il prenait un air de Tartufl'e » ^. Le savant professeur van Goens, dont il a été question plus haut, reçut chez lui en 1776 les membres du Parlement exilés sous le ministère d'Aiguillon et Maupeou, qui passèrent plusieurs mois à Utrecht, et Malesherbes qui, après sa démission et avant d'aller en Italie, logea chez lui pendant deux jours^ Turgot y fut également pendant deux jours''. Enfin, en 1776, Mirabeau a habité Amsterdam pendant quelque temps avec Sophie de Monnier, afin de se soustraire à la sévérité de son père qui, du reste, l'y fit arrêter '.

11 est inutile de dire que, si ces contacts occasionnels avec d'illustres Français n'ont pas manqué d'amener des relations personnelles plus étroites, ils ont été trop rares pour exercer une influence durable, et on peut faire la même remarque sur les savants qui, comme P.-D. Huet, Lemoine de l'Espine, J.-P. Ricard, Samuel Ricard, sont venus en Hollande pour y étudier le commerce des Pays-Bas ; cela s'applique également aux acteurs et actrices qui y firent un séjour plus ou moins prolongé.

Si, maintenant, nous embrassons d'un coup d'oeil les données que nous possédons sur la place que les Français ont eue dans la vie sociale et intellectuelle des Pays-Bas pendant l'époque que nous

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