AT///'' siècle à l'étranger, t. I, p
3. CXXXIV, l. IV. p. 123. Cf. Abbé Cojcr, OFmv. compL, t. V, p. 167 ; Nouvelles observations sur l'Angleterre, Lett. X (Lond., 28 juin 1777) : « Sur un do ces petits théâtres, on voit ordinairement un Marquis françois très assuré d'être accueilli avec de grands éclats de rire » .
« dans chaque pièce, consacrent une scène, au moins, à la charge des François, tous marquis » '.
« J'ai vu, dit-il, ces marquis joués par un petit acteur bancal, parlant François aussi mal qu'il marchoit, et prenant tous les airs que pourroit se donner un décroteur pris au hasard sur le Pont- Neuf. Avec cette démarche et ces airs, il disoit, en dérision de tous les marquis, vrais ou faux, qui passent de France en Angleterre : A Marseille, moi, j'étois Jean Farine; je suis ici M. le Marquis de Poudreç>ille » .
« Il n'est pas jusqu'au petit théâtre de M. « Fout » [Foote] qui ne se permette de sonner le tocsin sur les François. La scène que j'y vis jouer à la charge des François, se passoit entre un grand et un petit chapeau » ^.
Voltaire n'avait pas été sans s'émouvoir de l'efTet que produisaient à la longue ces niaiseries, et Lanson cite à ce propos Misson ( p. 65): « S'il y a quelque chose, dit-il, qui me chagrine sur l'article des Comédies anglaises, c'est que j'y vois tous nos gens pillés, copiés et en même temps insultés. Tout ce qu'ils ont de meilleur vient de nous, et au lieu de nous savoir gré de notre bien, ils nous méprisent de la manière la plus outrageante. En vérité, cela n'est pas trop honnête » \
Les caricaturistes venaient à la rescousse. Th. Wright parle d'une caricature où sont réunis les individus les plus répréhensibles qu'envoie la France pour corrompre les manières et les principes des Anglais. Une notice placée au bas des groupes indique le sens de chacun : La rage des modes françaises; l'amour de la cuisine française; la passion de l'éducation française (une dame de distinction donne pour précepteur à son fils et à sa fille un abbé valet); la passion pour les artistes et les productions français : eau de Hongrie, eau de Luce, eau des Carmes, valet de chambre, etc. ^.
Peu importe, si tout cela était fait pour la foule et portait surtout sur les basses classes, c'est chose à noter que la persistance de ces railleries usées.
i. 0. c, t. I, p. IGS-IBO. Sur lo voyage de Groslej, d'Elie de Bcaumont et de ]\jme j)y Boccage, voir l'élude d'Yvon, Les Français et la Société Anglaise du XVIII" siècle.
2. « Ce théâtre est rempli par le seul M. Fout... (de son vrai nom Foote Samuel) qui, dans une espèce de comptoir environné de tètes à perruque, ... joue toutes les nations, toutes les conditions et tous les clats, dans des dialogues qui font beaucoup rire les Anglois : c'est une espèce d^ Encyclopédie perruqui'ere en action. Ce théâtre est très fréquenté « (o. c, t. I, p. t69).
3. Lett. philos., éd. Lanson, t. II, p. i't'i. Cf. Collins, VoU. en Anglet., p. 85.
4. \ oir L'Angleterre sous la maison de Hanovre (t. 1, p. 'io'i) : A good print, by Boitard, entitled «The Imports of Great Brilain from France; humbly addressed lo the laudable associations of Anti-Gallicans, and fhe générons promolers of the Brilish arts and raanufactories » ... publ. March 7, 4737.
Histoire de la langue française. VllI. 16
L'animosité. — Le résultat était une animosité croissante. Montesquieu a entendu les plaintes des Français qui habitaient l'Angleterre et il en a été très afflif^é. « Ils disent, nous rapporte-t-il, qu'ils ne peuvent s'y faire un ami, que plus longtemps ils y restent, moins ils en ont, que leurs politesses sont reçues comme des injures » '. Les femmes auxquelles il adressa la parole semblaient croire qu'il voulait les insulter". Divers faits, auxquels naturellement il ne faudrait pas donner plus de portée qu'ils n'en ont, mais significatifs pourtant, témoignent des dispositions de la foule. Voltaire n'avait échappé que grâce à son esprit à des voyous de Londres. Grosley fut à son tour insulté grossièrement par des crocheteurs et des matelots; on l'appelle « FrencJi dogn, « French h... ,).
Tout le passage est à lire. Un jour c'est le Maréchal de Saxe qui, insulté par un boueur, est obligé de le prendre par le chignon; un autre jour des bateliers de la Tamise qui lancent des injures à M. Hutton, « se relayant comme des bacheliers qui auraient soutenu une thèse » ; c'est M. de la Condamine qui, à l'aide d'un cornet, crie à son interprète en montrant la foule qui l'interpelle : « Que me veulent donc tous ces gens? », enfin c'est un Français qui, venu pour voir pendre trois coquins, se voit attaqué par des polissons auxquels se joint le bourreau lui-même et qui n'est délivré que par l'intervention de gardes-françaises déserteurs\
« Mon air françois, conclut mélancoliquement Grosley, malgré la simplicité de mon acoutrement, me procuroit à chaque coin de rue des litanies d'injures, à travers lesquelles je glissois, louant Dieu de ne pas entendre l'anglois » '\
Il n'y a aucune raison de douter de la bonne foi du narrateur, quoiqu il n'ait pas été témoin de tous ces incidents. On les lui avait racontés sans doute, mais s'ils eussent été en contradiction avec ses impressions personnelles, il ne les eut pas pris si facilement à son compte.
Les événements qui survinrent n'étaient pas pour diminuer l'aversion dont on vient de parler. Peu à peu il se trouva des gens pour croire que la France était non seulement l'ennemie qu'il